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Villiers-le-Bel : au procès, le témoin clé dira qu’il a menti Rue89 04/10/2011

Le procès en appel des cinq accusés d’avoir tiré sur la police lors des émeutes de 2007 s’est ouvert. Les témoignages sont fragiles.

En juillet 2010, la cour d’assises du Val-d’Oise avait condamné trois des tireurs présumés à des peines allant de neuf à quinze ans de prison. Les deux autres, de retour sur les bancs des accusés pour leur procès en appel, ouvert à Nanterre ce mardi, avaient été condamnés à trois ans de prison pour détention d’arme.

Des témoins qui se rétractent

Les cinq jeunes hommes ont toujours nié avoir tiré sur la police lors des nuits d’émeutes qui avaient agité Villiers-le-Bel. Le 25 novembre 2007, la mort de Moushin et Lakamy, 15 et 16 ans, lors d’un accident avec la police, avait entraîné deux nuits de violence dans cette ville du Val-d’Oise. Plusieurs dizaines de policiers avaient été blessés et une bibliothèque avait été incendiée.

Pour obtenir des informations sur les tireurs, la police avait alors diffusé un appel à témoin promettant une rémunération à ceux qui accepteraient de les dénoncer. « Plusieurs milliers d’euros » annonçaient des tracts de la police judiciaire à l’époque.

Lors du procès, un seul des témoins sous X avait comparu via une vidéo cryptée. Quelques jours plus tard, l’avocat de la défense avait obtenu du brigadier chargé de l’enquête l’aveu qu’au moins l’un des témoins sous X cité au dossier était en fait un indic local. Les autres s’étaient désistés.

La fragilité des témoignages sous X avait déjà été soulignée par la Cour européenne des droits de l’homme, en 2003, dans l’affaire Rachdad. La CEDH avait condamné la France pour « violation des droits de la défense » pour avoir condamné Abdelfettah Rachdad, mis en cause dans une affaire de trafic de drogue, sur « le fondement exclusif de déclarations de témoins que la [justice] n’a pu interroger ou faire interroger ».

Une plainte pour subordination de témoins

La parole des témoins à visages découverts ne s’est pas révélée plus crédible lors du premier procès. Christopher B. a porté plainte en septembre 2010 pour « subordination de témoin ». Il s’est rétracté après avoir « pris conscience » de l’importance de son témoignage lors du procès.

A nouveau cité, Christopher B. doit être auditionné le 13 octobre. Selon Alexandra Hawrylyszyn, son avocate, le jeune homme de 23 ans, toujours très fragile, maintiendra sa version des faits :

« Il dira qu’il a fait un faux témoignage et qu’il y a eu subordination de témoins. Il était l’un des seuls témoins à visage découvert qui ne s’était pas rétracté. L’autre avait menti. A moins d’un rebondissement ou d’un témoin surprise, il devrait être le seul à visage découvert. Ça pose quand même problème puisque tout s’effondre. »

Un témoin à l’Élisée ?

Téléchargez la plainte de Christopher B.

Téléchargez la plainte de Christopher B.

Dans la plainte déposée en septembre 2010 par Christopher B., plusieurs éléments sont accablants pour la police et la procureure de Pontoise :

  • « Monsieur B. était en effet, au moment des appels à témoins, en maison d’arrêt après avoir eu un accident de la circulation, et dans l’attente de son jugement. C’est dans cette position inconfortable qu’il a perçu les appels à témoins avec des récompenses possibles comme le moyen de voir la peine à laquelle il risquait d’écoper amoindrie. Il souhaitait aussi pouvoir récupérer son permis de conduire.

    Le voyant hésitant sur le fait de déposer son témoignage au tribunal, après qu’il ait renoncé à venir au tribunal deux jours de suite, le procureur a reçu monsieur B. et lui a littéralement dit qu’après avoir témoigné, on se souviendrait de lui, et qu’il lui suffirait d’envoyer un courrier pour qu’il récupère rapidement son permis, et pour qu’on “arrange ses affaires” dans les affaires pénales en cours le touchant. Au sortir de la cour d’assises, le procureur et beaucoup de policiers félicitèrent monsieur B., lui disant qu’il “avait bien témoigné”.

  • Monsieur B. a notamment subi des pressions au moment où il s’est rendu au tribunal de Pontoise afin d’y déposer son témoignage ; y ayant renoncé deux jours de suite, lundi et mardi, monsieur B. a reçu de multiples appels téléphoniques d’un policer de Pontoise, qui le pressait explicitement de venir témoigner, n’ayant de cesse de lui répéter à quel point cela était nécessaire, et à quel point il ne devait pas y renoncer.
  • A la suite d’une lettre qu’il avait envoyée au chef de l’État, monsieur B. a été contacté par une secrétaire de l’Élisée, qui lui a expressément signifié que M. Sarkozy avait lu “personnellement” sa lettre, qu’il en avait été “très touché” et que monsieur B. était convié à l’Élisée pour un entretien avec certains conseillers, M. Sarkozy étant en déplacement. Le jeune Christopher B. a donc été reçu à l’Élisée par deux personnes travaillant au service de l’État qui lui ont assuré que “l’on verrait ce que l’on pouvait faire” s’agissant de sa récompense, et qu’on s’occuperait de sa protection judiciaire, avec des rondes de policiers et un policier par semaine attaché à sa protection. »

Si la plainte ne tient qu’à la seule parole de Christopher, son avocate s’étonne qu’en dépit de la fragilité psychologique du jeune homme, de sa propension à avancer puis à nier des faits, les policiers et la procureure maintiennent le caractère « capital » de son premier témoignage – celui qu’il dit avoir fait sous la pression des policiers.

Alexandra Hawrylyszyn déplore également que la plainte soit encore « en cours d’instruction ». Elle est actuellement en instruction au parquet de Versailles.

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