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Les six de la Fête de la musique : la justice confirme en appel le harcèlement, le tabassage et le racket de la part de la police

Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux

Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux

Rappelons d’abord les faits. Le 21 juin dernier a eu lieu à Poitiers, place de la Liberté, ce que les journalistes ont appelé une “rixe avec la police” et que le comité antirépression tout bonnement un tabassage policier contre six jeunes. Ces jeunes, interpellés alors, ont été jugés en première instance le 8 juillet dernier. Après avoir fait appel contre eux tous, le commissaire Papineau, à seulement quelques heures du nouveau procès, s’est brusquement désisté pour concentrer sa charge sur une seule, Nina. Lors du procès en appel, le procureur a requis une peine énorme à son encontre : huit mois de prison dont six fermes et l’obligation d’indemniser ses “victimes“, tandis que son avocate demandait la relaxe totale.

Rappelons ensuite la version policière, telle que l’avait rapportée le patron de la police au procès le 8 juillet et sur laquelle il n’avait pas été suivi par le tribunal. Responsable du service d’ordre lors de la Fête de la musique, il entend en arrivant place Charles-de-Gaulle : “Papineau, on aura ta peau !” et une canette atterrit à ses pieds, du côté gauche. La trajectoire étant en dehors de son champ de vision, c’est en tournant la tête qu’il aperçoit, sur sa gauche, une silhouette non identifiable compte tenu de sa capuche. Il décide d’appeler par radio pour aide au contrôle de la personne. Il fixe cette silhouette qui, se dirigeant vers la rue de la Regratterie, resserre sa capuche et part en courant. Il la poursuit jusqu’à la place de la Liberté, mais ce n’est qu’en passant devant la Médiathèque qu’il l’identifie et le signale par radio. Arrivent alors cinq autres jeunes ainsi qu’une douzaine de policiers, et débute une interpellation très violente à l’issue de laquelle ces cinq jeunes sont maîtrisés ; puis Nina elle-même se retrouve au sol, et le commissaire reçoit d’elle un coup de pied.

Sans le début de l'”affaire”place de Gaulle, ce qui s’est passé place de la Liberté perd tout le sens que voudraient lui donner les policiers. La justice ayant confirmé en appel que le “Papineau, on aura ta peau !” et le jet de la canette n’étaient pas le fait de Nina, elle a confirmé par conséquent qu’il n’y avait aucune raison de la poursuivre en particulier. La seule raison valable ne serait-elle donc pas, comme l’a fait remarquer Me Ménard au procès, que M. Papineau avait aussitôt reconnu Nina ? Si, hormis une volonté très claire de harcèlement, il n’avait pas d’autre raison de la poursuivre, il n’en avait pas plus de l’appréhender place de la Liberté ; et s’il n’y avait aucune raison de l’appréhender, il n’y en avait pas davantage d’interpeller les autres jeunes ni de les molester jusqu’au commissariat. La justice a bien confirmé hier deux éléments que le comité antirépression soutient depuis longtemps : il y a harcèlement de la police à l’encontre de certains jeunes militants ciblés ; et, comme à l’accoutumée dans ces affaires de tabassage, la police a cherché à se couvrir préventivement avec les accusations mensongères d’outrages et de rébellion.

La justice a en outre confirmé une hypothèse à laquelle le comité antirépression ne voulait pas trop croire. En octroyant généreusement 300 € de dommages et intérêts à M. Papineau, elle l’a fait passer pour le “soudard” qu’il s’est défendu d’être, au procès d’Amandine du 27 janvier dernier. En effet, il s’y est déclaré “profondément choqué par la teneur” du texte qu’elle avait écrit pour dénoncer le tabassage policier du 21 juin, en disant qu’il participait d'”une campagne de dénigrement tendant à démontrer que les policiers sont des soudards“. Un soudard est un soldat mercenaire brutal et grossier – qui agit donc en fonction de sa solde, et non de la morale. Or, en se portant partie civile, les policiers obtiennent souvent plusieurs centaines d’euros qu’ils sont sûrs de toucher, du fait que, en cas d’insolvabilité des condamnés, la loi Le Pors oblige l’État à verser à ses fonctionnaires les dommages et intérêts qui leur sont attribués lors de procès. La dernière Fête de la musique à Poitiers a ainsi été l’occasion pour certains policiers d’obtenir des dommages et intérêts conséquents, et d’arrondir leurs fins de mois. M. Papineau n’ayant pas été du lot, il s’est rattrapé avec le procès d’Amandine et avec ce dernier procès en appel. À cette occasion, la justice a bien confirmé aussi le racket de la police envers les jeunes militants ciblés.

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