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“On n’arrête pas les gens préventivement” Le Soir 1er octobre 2010

“On n’arrête pas les gens préventivement”

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE
Vendredi 1er octobre 2010
Lire sur le site du Soir

Manifestation Polémique après les arrestations “sans motif” de plus de 200 personnes : elles sont illégales pour les juristes

La police était satisfaite mercredi soir, à l’issue de la manifestation européenne : peu d’incidents et “seulement 244 arrestations administratives” dont 200 environ étaient “préventives”. Ces personnes ont été arrêtées pour la plupart alors qu’elles se dirigeaient vers le métro pour rejoindre la manifestation. “Nous n’étions pas en groupes, raconte l’une d’elles. Le seul vrai groupe était constitué de manifestants habillés en clowns”. La police a une autre version : “Ces gens possédaient des objets qui n’avaient pas leur place dans une manifestation.” Sans préciser lesquels.

Selon plusieurs témoignages,la majorité des personnes arrêtées préventivement avaient pour caractéristique commune de sortir ou d’être à proximité du “No Border camp” installé à Tour et Taxis depuis une semaine. Le No Border rassemble jusqu’à dimanche 700 à 800 personnes, issues de différents pays européens, sur les questions de libre circulation en Europe. Au programme : débats, expositions mais aussi actions de protestation contre les centres fermés. Certains ont participé à une manifestation contre le centre 127 bis dimanche soir qui a mal tourné. Il y a eu des blessés de part et d’autre. C’est sans doute ce qui a amené la police à assimiler les participants réels ou supposés au No Border comme des agitateurs en puissance. “J’ai été arrêté dans la rue sans aucune explication, nous raconte un Français, arrivé lundi à Bruxelles. J’ai été mis en cellule et relâché à 21 heures toujours sans explication”.

Peut-on arrêter les gens “préventivement” ? La question fait bondir les juristes. “Le droit de manifester est une liberté constitutionnelle, rappelle Emmanuel Lambert pour la Ligue des droits de l’homme (LDH). Empêcher une personne de le faire est contraire à ces dispositions et on ne peut pas arrêter quelqu’un sans motif”.

Pour l’avocat Vincent Lurquin, la police peut, avant d’arrêter quelqu’un, avoir des indications comme le fait d’être armé, d’être signalé comme le sont certains supporters de foot dangereux. Mais “dans ce cas-ci, qui décide des motivations supposées de ces manifestants ? On arrête les gens pour ce qu’ils font pas pour ce qu’ils sont”.

Les arrestations préventives posent deux problèmes : “Un problème pénal. Aucune infraction n’avait été commise. Et un problème de respect de la vie privée. Des informations ont été prises sur les participants à ce camp et transmises aux policiers”.

Pendant la manifestation, les policiers ont arrêté parfois très durement les activistes qui voulaient rejoindre le cortège, Porte de Hal. Ils ont été encerclés et isolés des autres manifestants. Encore des arrestations administratives sauf pour trois personnes mises à la disposition du Parquet. Deux d’entre elles avaient participé à la manifestation de dimanche et sont soupçonnées d’avoir provoqué la chute de policiers à cheval au 127 bis.

Dans un communiqué, la Ligue des droits de l’homme et Bruxelles Laïque s’inquiètent des dérives que représentent ces arrestations préventives. “Ces personnes ont été privées de liberté pendant plusieurs heures. Il n’y a pas de jugement, pas d’inculpation. Elles ne peuvent ni se défendre ni porter plainte”, rappelle Vincent Lurquin.

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