«

»

Imprimer ce Article

Ce qui s’est vraiment passé le 21 juin à la fin de la Fête de la musique à Poitiers

Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvement Sociaux

Le jeudi 29 juillet, à 14 heures, aura lieu au Palais de Justice, le rendu du jugement du procès du 8 juillet.

Le tribunal correctionnel doit se prononcer sur la culpabilité de six prévenu(e)s, et sur la demande de la partie civile : une douzaine de policiers, dont le commissaire Papineau (Directeur de la sécurité publique dans la Vienne).

Le procureur et l’avocat de la police ont présenté leurs comptes : il réclament pour 3 d’entre eux : 6 mois de prison dont 4 mois ferme, pour deux autres c’est 8 mois de prison dont 6 mois ferme, et pour la sixième : 70 heures de travail d’intérêt général, le TIG ; pour les dommages-intérêt, c’est 800 euros pour chacun des policiers, à quoi s’ajouteraient les frais de justice.

Soit au total, 24 mois de prison ferme, 10 avec sursis et paiement de 13000 euros (dommages-intérêts et forfait de frais) répartis entre les prévenus.

Poitiers serait-il devenu un petit “Villiers-le-Bel” ? s’est, à juste titre, scandalisé un des avocats devant cette “facture” proprement ahurissante censée sanctionner outrages, violences et rebellion.

Que s’est-il donc vraiment passé dans la nuit du 21 au 22 juin ? Si la presse a déjà rendu compte du procès, nous pouvons ici, ne serait-ce qu’à l’aide de tout ce qui s’est dit, procès-verbaux compris, lors des dix heures (!) d’audience, repasser l’essentiel du “film” des événements, qui se sont déroulés entre une et deux heures du matin, à l’issue de la Fête de la Musique.

C’est alors que le commissaire Papineau, faisant une tournée d’état des lieux, et débouchant de la rue de la Regratterie sur la place du Marché, dit avoir vu atterrir à ses pieds une canette de verre venant de la gauche, dont il n’a pas vu qui l’avait lancée ; ceci accompagné d’une vive exclamation (“Papineau, on aura ta peau !”).

Aucune reconstitution n’a eu lieu, aucun témoin n’a pu confirmer la responsabilité de quiconque. Par contre le commissaire Papineau, dans l’instant, se fait une idée : il tourne la tête et repère en effet, en face de lui, devant la façade de l’église une personne qu’il dit n’avoir pu identifier à ce moment et qu’il va tenter d’interpeller, alors qu’elle part en courant.

Il s’agit d’une jeune femme, Nina, qui dit avoir vu un policier dont elle peut légitiment craindre qu’il lui en veuille ; en effet, Nina, qui récuse totalement sa propre responsabilité, a déjà par deux fois été l’objet d’interpellations policières, suivies de gardes à vue, puis de procédures, l’une pour refus de prélèvement d’ADN, l’autre pour bris d’une “sucette Decaux”, qui à la finale, se sont toutes les deux conclues par une relaxe.

La police s’est alors sentie à juste titre désavouée et, plutôt que de s’en prendre à elle-même de la faiblesse des dossiers transmis à la justice, a entrepris d’avoir à l’œil Nina, qui désormais a pu craindre une “revanche” si l’occasion d’un prétexte s’en présentait. Et c’est précisément ce qui est en train d’arriver, avec le risque de subir une nouvelle garde à vue, avec tout ce que cela avoir de traumatisant (dont la fouille à corps) et qui lui fait dire au Tribunal : “j’ai eu peur” ; expliquant ainsi très simplement la logique de sa “fuite” puis de son attitude lors de l’interpellation musclée qui va avoir lieu place de la Liberté.

Le “film” s’est en effet brusquement accéléré : le commissaire Papineau ayant entrepris de “courser” Nina, la poursuite se déroule de la rue de la Regratterie à la place de la Liberté. Entre temps, il aura signalé à ses troupes l’action engagée, rameutant une dizaine de policiers, tandis que cinq proches connaissances de Nina, finissant la soirée à proximité et alertés par cette agitation subite, l’ont rejointe pour savoir ce qu’il en était et débouchent sur la place au moment où elle est en train de faire l’objet d’une “maitrise au sol”, dont la douleur va la faire crier.

Il est facile de comprendre, à la vue de leur amie dans une telle situation, la vivacité de la réaction de solidarité de ces jeunes pour qui cette violence policière-là est au sens propre du terme, insupportable, à plus forte raison en l’absence de toute information sur ce qui peut motiver une telle brutalité.

Les témoignages recueillis sur place, et produits à la barre, ont souligné de la part des spectateurs, d’abord une vive interrogation sur les raisons de ce qui se passe sous leurs yeux, et ensuite et surtout une vive inquiétude sur ce que les jeunes (eux mêmes totalement “mains nues”) subissent de la part de policiers visiblement en pleine forme de “neutralisation” : clé au bras, clé dite d’étranglement et mise au sol, visage contre terre, dont des cris de douleur témoignent de l’efficacité du “traitement” ; seront d’ailleurs médicalement constatés des lésions, plaies, hématomes et un “coquard” que l’intéressé ne s’est sûrement pas fait lui-même.

Enfin, la police qui aimerait bien alors s’en tenir au bon vieux “circulez ! Y’a rien à voir !”, pour refouler les gens trop curieux au-delà de la “zone de sécurité”, joue de la matraque (le fameux tonfa) à leur encontre.

Embarqués au commissariat et mis en garde à vue, les jeunes déjà marqués de coups, en subiront encore d’autres, dont il ont fait état à la barre ; mais comme l’a reconnu l’avocat de la police, avec une rare franchise, dans ces lieux, il est toujours possible qu’il y ait des “ratés” (sic)

Pendant ce temps-là, les policiers prennent la précaution d’aller se faire soigner au CHU, où ils n’arrivent pas à se faire octroyer les ITT (interruption temporaire de travail) qui leur seraient nécessaires pour porter plainte. Il leur faudra alors les obtenir auprès d’un médecin sensible aux difficultés du maintien de l’ordre et compréhensif ; ce qui permettra “l’addition” des dommages-intérêts, mettant du beurre dans les épinards des intéressés et frappant au portefeuille les inculpés.

Lors de la comparution immédiate qui s’est ensuivie, les prévenus ayant demandé un délai pour préparer leur défense, se sont vu infliger une détention préventive à Vivonne, pour laquelle il a fallu une nouvelle procédure pour les sortir de prison, à l’exception d’un seul qui a eu ”droit” (si on peut dire) à pas moins de 17 jours de “geôle”. Commentaires : 1/ D’abord, cette affaire s’inscrit dans le prolongement de toutes celles qui ont eu lieu depuis plus d’un an, où l’on a vu la police s’en prendre à des jeunes.

Si, de tous temps, le “policièrement correct” n’a jamais fait bon ménage avec la paix sociale, les rapports adultes/jeunes, qui sont une des clés de la société en continuelle gestation du futur, risquent d’en faire les frais, d’une manière très malsaine.

Une sociologue avertie, Marie Choquet, 40 années d’études sur la question, pointe le fait qu’en France “l’image du jeune fait peur” (le Monde magazine du 24 juillet) et ajoute que cette peur de la jeunesse rejoint “le besoin [des adultes] d’avoir le contrôle sur elle” ; faut-il en déduire que la police est perçue, donc habilitée et légitimée, à être un des organes de ce contrôle ? Ce serait grave.

2/ Ensuite : il y a lieu de s’interroger sérieusement sur ce qu’a relaté le procès, ce “film” de quasi Far West (shérif compris) où, à défaut de préméditation formelle, on constate comment l’opportunité d’un jet de canette resté “anonyme” a permis la mise en œuvre instanée de ce qui ressemble fort à un véritable règlement de comptes.

On peut penser que la police, tenue de faire du “chiffre”, soit ainsi incitée à créer les conditions justifiant son intervention ; ainsi, de 1993 à 2009, le nombre annuel de gardes à vue est passé de 300 000 à 800 000 (!). Rappelons qu’à ce procès, comme en bien d’autres à l’heure actuelle, une intervention très ferme a été faite sur l’atteinte faite aux droits de la défense dans la garde à vue telle que pratiquée en France.

3/ Enfin les suites judiciaires rappellent que face aux nécessités de l’ordre public, Justice et Police ont partie liée. Pour autant, il faut impérativement souhaiter que l’indépendance de la Justice ait encore un sens :

# d’une part en ne se pliant pas aux injonctions des pouvoirs publics au plus haut niveau, à l’encontre de l’autorité judiciaire, a priori totalement libre dans le rendu de ses jugements,

# d’autre part en gardant en permanence la distance avec une police toujours prompte à faire pression en pointant du doigt un supposé laxisme judiciaire, pourtant démenti par la surpopulation croissante des prisons.

Si la Justice se rend “au nom du peuple français”, encore faudrait-il qu’elle soit crédible aux yeux du peuple français et tout autant aux yeux de ceux et celles qui, Français ou pas, en relèvent.

Rassemblement devant le palais de justice de Poitiers le 28 juillet à 18h !

Soutien lors du délibéré, le 29 juillet à 14h !

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux – antirep86@free.frwww.antirep86.fr

Lien Permanent pour cet article : https://www.antirep86.fr/2010/07/27/805/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*