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Des peines “exemplaires” requises à Poitiers, Pierre-Marie Lemaire, Sud-Ouest, 15 janvier 2010.

De lourdes peines de prison ferme ont été requises contre les “émeutiers” du 10 octobre à Poitiers.

Quatre garçons, une fille, âgés de 20 à 24 ans. Trois sont étudiants, deux smicards. Ils sont accusés d’avoir, le 10 octobre 2009 à Poitiers, lors d’une manifestation anticarcérale ayant dégénéré en violences urbaines, qui jeté des projectiles aux policiers, qui incendié une poubelle, qui coiffé sa capuche et transporté dans sa musette l’arsenal du parfait petit Black Bloc, lunettes de plongée, fusée de détresse, etc.

Ils ont été condamnés par le tribunal de Poitiers à des peines de prison ferme et avec sursis, et passent en seconde semaine devant la cour d’appel pour plaider leur relaxe.

Des casseurs, eux ? Des spécimens de cette “ultragauche” que Brice Hortefeux s’est juré de “dissoudre” ? Ils s’alignent sagement dans l’ordre que leur indique la présidente, Maud Vignau, répondent poliment à ses questions. Pas un mot plus haut que l’autre, pas la moindre velléité de transformer la barre en tribune politique.

Délibéré au 19 février

L’avocat général, Jean-Claude Bellot, leur reprochera “de ne pas défendre leurs convictions jusqu’au bout”. C’est “une espèce de lâcheté”, dit-il, que de répéter “j’y étais pas, j’ai rien fait” en “niant les évidences”.

“C’est parce que vous préjugez de leur culpabilité ! rétorque Me Simone Brunet pour la défense. Ils n’ont pas à assumer des faits qu’ils n’ont pas commis.”

Les “évidences” du ministère public tiennent aux aveux des lanceurs de cailloux pendant leur garde à vue et aux témoignages des policiers qui les ont “formellement reconnus”.

Reconnaissance formelle, mon œil ! lance en substance Me Brunet. Elle ne voit dans ces témoignages que bidonnages et contre-vérités. Ceux-là ont été “raflés” parce que la pression politique exigeait des coupables, et vite. Quant aux aveux, ajoute son confrère, Me Philippe Gand, ils ont été obtenus sous la pression, les prévenus se sont ensuite rétractés. Et de plaider la nullité de toute la procédure, les conditions de la garde à vue étant en France, comme personne ne l’ignore plus, contraires au droit européen.

Le ministère public persiste et signe. Comme le procureur de la République avant lui, l’avocat général a requis des “peines exemplaires” contre les cinq prévenus. Il a fixé l’”exemplarité” au même niveau : dix-huit mois de prison, dont une part “significative” de prison ferme afin que l’avertissement soit entendu “à Poitiers et au-delà”, pour Samuel, Jean-Salvy et Charles, les jeteurs de pierres, et huit mois, avec sursis partiel, pour les incendiaires de poubelles.

La cour a mis son arrêt en délibéré au 19 février. Un délai inhabituel qui pourrait traduire soit un certain embarras, soit l’espoir que soit tranchée rapidement cette fichue querelle sur la garde à vue.

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