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Le Néolibéralisme réprime et emprisonne, toujours plus.

Les années 80

Une logique sécuritaire s’étend chaque jour, qui inquiète jusqu’à certains magistrats, avocats et psychiatres la pétition “l’appel des appels” en particulier), s’abat sur des militants à Poitiers comme ailleurs. Pour en parler, il nous faut faire un petit rappel historique.

Le capitalisme sous sa forme “néolibérale” est passé à l’offensive dans les années 80.

En France, la social démocratie a renié toutes ses promesses en menant une gestion “loyale” du système ( les “années Mitterrand”). Jospin et sa “gauche plurielle” ont privatisé à tout-va avec une auto-satisfaction toujours affichée.

L’implosion des pays dits “socialistes”, et le ralliement de leurs directions au capitalisme sauvage a accrédité l’idée d’un capitalisme indépassable.

En France, ce fut la destruction minutieuse et systématique de ce qui avait été appelé “État providence” ou “État social”. Le compromis social issu de l’après-guerre a été jeté aux chiens par les capitalistes et leurs politiciens. L’État s’est recentré sur ses fonctions régaliennes de répression et de domination de classe. La vérité cruelle de l’État bourgeois apparaissait: être au service exclusif de la classe dominante.

C’est devenu le monde dans lequel nous vivons. Le chômage de masse est installé. Les salariés gagnent toujours moins, les jeunes sont toujours plus précaires.

Les capitalistes font des profits les plus faramineux possibles. Les inégalités sociales s’accroissent de façon vertigineuse. Ce profit, maximum et le plus rapidement possible pour une étroite élite, est la seule règle pour les tenants de l’État, de l’État répressif.

Le relatif consensus ancien qui faisait accepter l’ordre capitaliste a disparu. Toute revendication des salariés ou des jeunes est présentée comme insensée, nuisant à la logique économique; les bureaucraties syndicales, spécialistes de négociations sans fin et sans résultat, voient leur influence diminuer.

Tout mouvement social se heurte à une fin de non-recevoir brutale de la part des fondés de pouvoir de la classe dominante. La colère monte; les conflits durs mais isolés se multiplient. Un appareil répressif monstrueux se développe, depuis le surarmement des policiers et le développement de brigades préposées à la provocation jusqu’aux fichages multiples.

Avec Sarkozy, nous connaissons une criminalisation croissante des luttes sociales et une assimilation constante de la jeunesse, des ouvriers immigrés et d’autres à une “classe dangereuse” . Un pas de plus est franchi dans la répression et la mise en cause de nos libertés. Beaucoup de jeunes, d’immigrés et d’autres le vivent ainsi. Et pour eux :il n’y a pas de compromis possible avec l’État.

Les années 2000

Depuis le début des années 2000, les inflexions néolibérales des gouvernements Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin et Fillon ont entériné l’idée d’un traitement pénal de la misère et justifié la mise en place d’un arsenal répressif (fichage ADN, extension des garde-à-vue, fichier Edvige sous diverses moutures, systématisation de la vidéo-surveillance) qui réduit les libertés individuelles et participe à l’instauration d’une utopie sécuritaire qui s’enracine dans la société. Cette utopie ignoble n’a qu’un but, faire intérioriser à toutes les catégories d’exclus et de précaires que la seule réponse à leur révolte sera d’aller en prison.

La stratégie du gouvernement est claire: faire de l’extrême-gauche et des anarchistes un épouvantail, un “ennemi de l’intérieur” supplémentaire qui justifie la répression contre tous ceux qui se révoltent contre la logique du capital. Tous les inculpés du 10 octobre, en ont fait les frais. La répression sauvage et le battage médiatique qui ont précédé la venue du ministre Hortefeux à Poitiers ont instauré un climat de tension. Ce climat, dont le but affiché était de justifier un état d’exception ou d’exemplarité, a conduit nos camarades en prison. Il s’ajoute à la “guerre privée” que mène les forces de police de Poitiers contre la jeunesse militante de Poitiers, tout particulièrement les militants libertaires. Privatiser la répression, médiatiser la sécurité, tel est devenu le mot d’ordre des politiques néolibérales.

Le pouvoir et les médias ont toujours cherché à mettre en scène cette violence sous une forme spectaculaire, aliénée et désespérée. Les médias opèrent une sélection sociale de l’information et cherchent à renvoyer à l’ “opinion publique” des signaux rassurants ou effrayants sur l’état de la société. Les révoltes sont assimilées à la déraison.

Tant qu’une presse alternative pluraliste et foisonnante n’existera pas- on en voit quelques possibilités sur Internet et dans la presse papier-, la presse existante gardera un rôle d’information impossible à ignorer-impossible d’accepter sans critique non plus ce qui y est écrit.

Les nouveaux autonomes : nouvelle avant-garde auto proclamée?

Quelques mots sur ce qui s’est passé à Poitiers, le 10 octobre. L’action de quelques dizaines de personnes (bris de vitrines, etc…) squattant une manifestation de quelques centaines de personnes a eu un écho national. Cette action eut un caractère extrêmement minoritaire et limitée dans les revendications qu’elle porte.

Les groupes désignés par l’État comme “anarcho-autonomes” comme responsables s’abstinrent volontairement, les jours et les semaines suivantes, d’en expliciter le sens. Cela donna lieu à une véritable spéculation dans l’interprétation et laissa le champ libre au gouvernement pour alimenter les fantasmes sur une “ultra-gauche” potentiellement “terroriste”, (invention étatique réalisée depuis l’affaire des emprisonnés de Tarnac). Puis il y eut un communiqué dans le Monde où des “coucous” revendiquaient leur action. Sans un mot pour la population poitevine. Sans un mot pour les manifestants qui virent leur action dévoyée par des groupes peu nombreux, masqués, organisés et muets. Seul importait à ces para-militaires “autonomes” de faire un pied de nez à l’appareil répressif.

La répression s’était s’abattue sur un certain nombre de nos amis.

Quelques mots sur ceux de ces “autonomes” qui permettent par leurs écrits d’en dire quelque chose. Prenons un ouvrage de référence, cité et critiqué dans les milieux “autonomes” tel que “l’Insurrection qui vient”. C’est certes un contre-point théorique à la vision médiatique de la violence. Ils proposent la description d’un capitalisme qui serait déjà mort, sans démontrer cette affirmation originale. Ils proposent l’anonymat le plus strict avant de multiplier les interviews au Monde. Ils participent de la mise en spectacle de la société, posant le commun des mortels en spectateurs passifs de leurs “prouesses”. Dans leur imaginaire littéraire débridé, ils participent à l’occultation des raisons matérielles et historiques des inégalités et des luttes sociales.

“Tourner l’invisibilité en position offensive!” proclame “l’Insurrection qui vient”. Il ne s’agit plus seulement d’éviter d’être identifié pour ne pas être dominé, il s’agit de s’auto-ériger en tenants de la nouvelle guérilla urbaine. “Il y a ceux qui s’indignent et ceux qui s’organisent”, ou comment se comporter en avant-garde, en se libérant des contraintes historiques et autoritaires de la notion d’avant-garde , avec une pédagogie approximative et abrutissante. Être les disciples éclairés de la révolte au milieu de la cohorte des crétins aliénés, pour reléguer la lutte des classes à une “dérive idéologique”, à un réflexe d’auto-conservation.

D’autres courants de “l’autonomie” proposent surtout de “vivre dans les interstices de ce système” pour échapper à sa logique mortifère. Ce peut être un choix personnel, familial ou communautaire, extrêmement riche parfois, mais ce n’est pas, en soi, un choix politique, selon nous. La phase du capitalisme actuel est celle d’une marchandisation des vies et des corps comme l’Humanité n’en a probablement jamais connu. Vivre en marge du capitalisme, reste être dans les logiques de profit qui ont pénétré partout (même si c’est pour les dénoncer tous les jours).

Pour notre part, la lutte des classes, en devenant toujours plus consciente et plus organisée démocratiquement pour renverser un jour ce système d’exploitation, doit rester un objectif et le moyen de l’émancipation.

Le débat, sautant qu’il sera possible, se poursuivra avec des courants anarchistes, communistes libertaires et autonomes.

Construire un mouvement de subversion du capitalisme qui soit hégémonique.

Avec les déçus des échecs des mouvements sociaux, des stratégies des bureaucraties syndicales et des partis institutionnels, nous voulons contribuer à forger une alternative et une stratégie politique.

Nous défendons l’idée que la transformation sociale se fera par l’irruption de la masse des exploités et des opprimés sur la scène politique, là où se décide leur avenir, non pas par l’action minoritaire de quelques petits groupes insurrectionnels.

Les syndicalistes radicaux et sourds aux avertissements des bureaucrates syndicaux, les ouvriers immigrés actuellement en grève, les faucheurs d’OGM, les jeunes qui refusent de plier l’échine devant les provocations policières décidées au plus haut niveau sans se laisser aller à une guerre privée perdue d’avance face à l’appareil répressif, telles sont des formes de la vivante radicalité à visage découvert qui nous semblent montrer qu’un autre monde se construit.

Cela nous semble prouver que des luttes convergentes, massives, démocratiquement organisées sont possibles et peuvent être victorieuses demain.

Aujourd’hui, le capitalisme dans sa phase néolibérale, est en crise. Contrairement à ce que des adorateurs de ce système annoncent, cette crise s’annonce pire cette année nouvelle. Plus de chômage, plus de précarité. Plus de détermination de l’Etat, personnifié par Sarkozy, à faire payer la crise uniquement aux classes populaires et à continuer à tout faire pour protéger les surprofits des banques et des grandes entreprises, des capitalistes. C’est une répression accrue qui sera, dans cet objectif, mise en œuvre par le pouvoir. C’est une criminalisation systématique des mouvements sociaux qui va s’accentuer. C’est là l’importance que nous donnons à ce comité “antirépression”et aux comités du même type qui existent en France.

Texte écrit à partir de l’élaboration collective de quelques militants du NPA de Poitiers.

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