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De l’étau répressif qui se resserre à Poitiers…

Voilà un texte reçu qui récapitule la répression poitevine depuis 1 an. Le Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux a décidé de le publier sur son Blog afin d’en débattre.

Depuis environ un an, les possibles de nos existences, en ce qu’elles ont de politique, s’amenuisent dans la ville de Poitiers. Dans cette municipalité qui tend à s’aseptiser décret après décret, la proximité entre policiers et toute personne stigmatisée comme suspecte instaure une tension de plus en plus palpable. Gardes à vue systématiques, procès à répétition, acharnement ciblé, pression psychologique et physique personnalisée (pistage, insultes, violences). Le fichage ADN, qui se banalise dans les commissariats, est un outil de plus dans la volonté de soumettre les individus à une surveillance totale. Face à ce procédé insultant qui va chercher jusque dans notre corps le levier pour nous plaquer sur la grille de l’hyper-contrôle, les refus se multiplient, entrainant des peines qui vont parfois jusqu’à du sursis. L’omniprésence policière permet la mise en place d’un tel dispositif, qui semble essentiellement s’abattre sur une population politisée souvent qualifiée de “marginale”. Effectivement, nos existences tentent de défier en permanence cet engrenage gestionnaire, par tous les moyens que nous pouvons inventer afin de s’extraire des cadres prédéfinis. Par nos modes de vie, nous désertons cette mascarade capitaliste qui assouvit chaque jour sa soif de profit au dépens de vies humaines, au nom du “progrès” et de la “cohésion sociale” dans ce système qui se veut sans failles. Nous cherchons à habiter ces failles pour ne pas être un rouage de plus dans le bon fonctionnement des flux marchands et humains. L’acharnement répressif se durcit et vise donc ce type de pratiques pour maintenir cet ordre établi et éliminer toute contestation.

Lors du mouvement étudiant de 2009, un amphi est occupé à la fac de Poitiers. Les principes d’autogestion se mettent en place, créant une dynamique collective. De nouvelles envies naissent suite aux rencontres, aux échanges et aux confrontations des multiples idées qui motivent cette occupation. Le mouvement étudiant se révèle cependant être une impasse au vu des perspectives politiques qui cherchent un nouveau terrain d’expression face à la volonté de récupération des syndicats et autres partis. Il faut viser plus haut, chercher la subversion ailleurs que dans ces murs de consommation du savoir enfermant les cerveaux dans des discours préfabriqués. Après trois mois d’occupation, l’amphi se vide et l’envie d’ouvrir un lieu pour généraliser et approfondir cette lutte se dessine. C’est finalement un squat d’habitation qui s’ouvre. Il est expulsé manu-militari dix jours plus tard, avant même qu’il n’ai pu devenir ce lieu d’échange et d’impulsions révolutionnaires. La justice s’en mêle, il n’y a plus qu’à cracher les billets pour rembourser ce mode de vie qui n’a visiblement pas son mot à dire dans cette société.

Durant toute cette période, le mouvement Anti-pub reprend de plus belle avec la destruction pure et simple des panneaux publicitaires, comme autant de gestes qui s’attaquent frontalement et matériellement à l’expression la plus perverse du capital. La seule raison d’exister de la publicité n’est-elle pas la manipulation de nos désirs, pour qu’ils participent à faire tourner la machine productiviste? C’est sur ces actions là que la répression sera la plus intransigeante. Les procès s’enchainent, les peines sont de plus en plus lourdes, jusqu’à de la prison préventive le temps que ces messieurs pataugent allègrement dans l’enquête. Les activités se calment, les esprits refroidis par cette concentration de mauvaises expériences payées au prix de notre liberté. Guetté-e-s, suivi-e-s, surveillé-e-s, le poids de la justice devient omniprésent, telle une réalité de plomb qui se diffuse dans tous les moments de notre quotidien, une fumée nauséabonde qui s’infiltre dans nos espaces de vie et jusque dans nos amitiés. La protection à tout prix des valeurs de propriété privée et de libéralisme se matérialise alors dans l’absurdité des mesures employées, quand à un bris de vitrine est accolée la possibilité de la prison ferme.

Face à nous, les projets ne manquent pas. La construction de la nouvelle prison de Vivonne réveille à nouveau la rébellion que nous portons en nous. Le 10 octobre est donc organisée une journée de lutte contre le système carcéral, qui appelle à débattre et à se rassembler autour de la question de la prison, dans une intention de créer une nouvelle dynamique locale, le tout associé à un appel à une manifestation. Si les objectifs initiaux de cet événement semblent avoir été dépassés dans les actes, puis occultés par le matraquage médiatique qui s’en est ensuivi, c’est malgré tout un ras-le-bol général qui s’est exprimé ce jour là, dans des actes plus radicaux qu’à l’ordinaire. Ce qui résonna alors dans les rues de Poitiers, c’est la rage, la volonté de détruire tout ce qui nous écrase, de liquider ce qui nous opprime, d’anéantir ce qui nous tue à petit feu. Là encore la main de la justice pèse lourd dans un procès spectacle où flotte l’odeur fétide de la corruption. Dès l’annonce de la venue du Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, il ne faisait aucun doute que les “évènements” de Poitiers allaient devenir pour un temps le nouveau jouet anti-terroriste de l’État policier. Le spectre de “l’ultra-gauche violente” ou de la fantasque “mouvance anarcho-autonome” plane sur ces comparutions immédiates où vont s’enchainer un festival de vices de procédures, des conditions de détention en garde-à-vue aux faux témoignages des flics, le tout orchestré par un procureur sur-vitaminé à la dope ministérielle. On sent clairement la volonté de rattraper l’impuissance des forces de l’ordre lors de la manifestation. Résultat des courses: des peines surdimensionnées pour tou-te-s les inculpé-e-s…et, ironie du sort, trois camarades qui partent dès la fin de l’audience inaugurer la nouvelle prison de Vivonne contre laquelle nous nous dressions.

Il y aurait bien d’autres choses à dire sur la nébuleuse morbide qui a recouvert les jours et les semaines qui ont suivis le 10 octobre. Ici il s’agit seulement de montrer comment la répression qui s’ensuivit constitue une sorte d’apogée dans l’anihilement de toute résistance politique au sein de notre ville. Notons enfin que ce politique que nous évoquons reçut un ultime coup quand diverses tendances du milieu militant local tentèrent de l’éviscérer des comités de soutien, l’innocentisme devenant la seule “valeur” défendable face au trio crapuleux média-justice-police. Aujourd’hui nous en sommes à aligner les sommes gargantuesques des multiples amendes et dédommagements voués à renflouer les caisses de ceux qui nous oppressent, tandis que sur les corps et les esprits l’épée de Damoclès de la prison pèse comme jamais.

-dégradation de mobilier urbain (pubs, horodateurs…): environ 10500€, prison préventive (5 inculpés)
-refus de prélèvement d’ADN: amendes et prison avec surcis (5 inculpés)
-squat: 2480€ (2 inculpés)

-manifestation du 10/10/09: 4300€ d’amende, 3 ans ½ de surcis, 6 mois de ferme (en totalité pour les 8 inculpés)

Dès à présent nous appelons toutes les volontés qui se refusent à la résignation à soutenir tou-te-s les inculpés de cette lutte qui se poursuivra malgré l’oppression étatique.

A tou-te-s les opprimé-e-s!

A tou-te-s les révolté-e-s!

Le combat n’est pas terminé!

Quelques partisan-e-s de la lutte en cours…

Lien Permanent pour cet article : https://www.antirep86.fr/2009/12/06/de-l%e2%80%99etau-repressif-qui-se-resserre-a-poitiers%e2%80%a6/

(12 commentaires)

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  1. Antirep 86

    Intéressant.
    A publier, évidemment.
    Il faudrait une présentation pour dire l’importance de ce texte issu de jeunes de Poitiers. Et du fait qu’il se revendique comme un courant qui dénonce tous les autres courants de la jeunesse, il est une contribution au débat pour notre comité. D’autres participants à cette manifestation devraient s’exprimer sur ce site, comme ce fut le cas d’autres courants auparavant.
    Il y a une attaque contre “les comités de soutien”à la fin du texte qui si elle n’est pas précisée devra recevoir réponse de notre part.
    Pascal B.

  2. Antirep 86

    Ce texte est très bien, et c’est évidemment bien de le mettre sur le site.
    Françoise G.

  3. Antirep 86

    Je le trouve très bien évidemment, c’est celui qui retrace le mieux la vie poitevine…

    Sauf à la fin l’histoire de l’ultime coup (j aurai préféré le dernier coup en date car ultime laisse entendre que tout est fini que les gens sont définitivement à terre). Il y aura encore d’autres coups parce que justement comme c’est dit ensuite le combat n’est pas terminé.
    Jean-Pierre D.

  4. Antirep 86

    J’ai lu ce texte.

    Il me pose plusieurs problèmes.

    Tout d’abord s’il est publié sur le site du CAR cela veut dire qu’il doit être assumé par le collectif ? Ça vaudrait au moins le coup d’en discuter. Ou alors il faut dire ce qu’il est : un texte collectif de militant-e-s qui est soumis au débat mais qui n’engage pas le collectif. Sinon on risque de voir partir tous ceux qui ne le partagent pas.

    Quelques point de désaccords :

    “Par nos modes de vie, nous désertons cette mascarade capitaliste” :

    Je ne partage absolument pas cette idée. Elle n’est qu’un leurre on ne déserte pas même si on le voulait. Même à Tarnac. Et je ne parle même pas des modes d’action que les uns et les autres on peut privilégier. De plus cette idée de désertion me gène car elle me fait plus penser à une fuite. Fuite personnelle ? Fuite militante ?

    “Le mouvement étudiant se révèle cependant être une impasse au vu des perspectives politiques qui cherchent un nouveau terrain d’expression face à la volonté de récupération des syndicats et autres partis. Il faut viser plus haut, chercher la subversion ailleurs que dans ces murs de consommation du savoir enfermant les cerveaux dans des discours préfabriqués”

    Encore la fuite. On a perdu alors on va voir ailleurs. Il faut sûrement plus de persévérance même si je comprend et subit également les défaites successives. Quant à la récupération il faut en discuter. On peut dire que l’occupation de l’amphi J était une récupération des “libertaires poitevins”. C’est peut être ce mode d’action qui a empêché que le mouvement ne se développe avec toutes ces composantes.
    La seule façon d’éviter les récupérations c’est les AG démocratiques où chacun-e peut s’exprimer, défendre son point de vue et rechercher les accord les plus larges permettant d’amplifier la mobilisation.

    “Durant toute cette période, le mouvement Anti-pub reprend de plus belle avec la destruction pure et simple des panneaux publicitaires, comme autant de gestes qui s’attaquent frontalement et matériellement à l’expression la plus perverse du capital”

    Les actions anti pub de cette période étaient tout simplement illisible pour le commun des poitevins. A part des trottoirs recouvert de verre il fallait être hautement initié pour comprendre que c’était des actions anti pub. Il n’y avait pas de revendication comme cela a pu se faire à d’autre moment ou dans d’autres ville

    Le retour sur le 10 octobre me laisse également songeur. Les auteurs du texte reconnaissent que les raisons de la journée ont été dépassés mais ce n’est pas grave car ça a été par des actes plus radicaux que d’habitude et ce qui est important c’est d’avoir détruit tout ce qui nous opprime… Ah bon !

    Pour moi la réussite d’une action ne se mesure ni au nombre de vitrines pétées ni au nombre d’interpellations. Mais au nombre de coins que l’on réussit à enfoncer afin de faire péter ce système. Au mouvement que l’on réussit à mettre en branle, au nombre de personnes que l’on arrive à convaincre à la lutte.

    Je ne suis pas dans une guerre individuelle contre le système capitaliste (même si j’ai mes propres soupapes de décompression et les victoires collectives sont les principales). je reste convaincu que seul un mouvement de masse permettra de renverser ce vieux monde. Y compris contre les forces répressives qui sont de mieux en mieux armées. Par exemple il y a 20 ans c’est un mouvement de masse qui a fait tomber le mur. L’armée aurait pu être envoyée contre les manifestants mais les rapports de force étaient devenus tels que ce n’était plus possible. Que le prix à payer d’un bain de sang aurait été trop lourd y compris pour les bourgeoisies occidentales.

    Au débat

    Thierry M.

  5. Antirep 86

    tout cela est en effet en débat, doit être en débat
    mais ce texte donne une lecture intéressante, remet en contexte un
    ensemble d’actes militants et de dispositifs de répression
    il peut être publié comme une contribution au débat
    bravo pour l’initiative réussie de samedi à laquelle je n’ai pu
    assister étant tjs en convalescence
    Bertrand G.

  6. Antirep 86

    je pense qu’il doit être publié comme contribution au débat pas comme représentant le comité, bien sûr.
    Jean-Pierre D.

  7. Antirep 86

    +1 avec ce qui est dit par thierry, je nuancerai néanmoins ce que dis thierry:
    -les expériences mises en place par les libertaires ont le mérite d’exister; dans des lieux style squatt s’ébauche une contre culture dont nous avons également à apprendre sous pas mal d’aspects. si ça ne fait pas chuter le système, la répression qu’ils prennent dans la figure est quand même un signe tangible qu’il faut les soutenir.
    -sur la question de l’amphi J, on peut poser la question également du soutien de notre part qui aurait put être mis en place pour permettre à cette expérience de mieux fonctionner, en tous cas,je trouve pour ma part la démarche intéréssante dans le principe car c’est justement un espace où viennent se projeter les contradiction de notre société, c’est donc un bon analyseur, pour ses occupants, sur leurs facons de fonctionner entre eux, vis à vis de l’extérieur, mais également pour nous qui n’y avons pas participé.(j’ai suivi les évènements de loin donc je me trompe peut petre?) Par contre je regrette dans le texte le coté “anti récupération” où il y aurait les “bons” d’un coté face aux “mauvais” (en gros les encartés). Une proposition en ag, se juge pour sa pertinence pour construire le mouvement, pas parce qu’elle vient d’un individu de tel parti, syndicat, mouvance politique….ect…. c’est cela qui est bien dommage dans ce texte, car cela me rapelle des gens dits “apolitques” pendant le cpe qui nous resservaient la meme soupe, et je pense que nos libertaires sont bien moins naifs que cela….
    – Pour les actions anti pub, c’est claire que c’est difficile à percevoir pour tous les non initiés mais ça ne me dérange pas du tout que ca soit peté, c’est pas une agression à mes yeux comme peut l’etre une pub, le seul probleme que ca me pose, c’est que les condamnés ont une épée de damocles apres quand ils se font prendre, ce qui peut jouer dans d’autres manifs, ce qui aussi nous met dans une spirale d’aide au copains face à la repression qui est sans fin, alors qu’il y a plein d’autres foyers de luttes (et je pense particulièrement au monde du travail….).
    -sur le 10: admettons que ce soit le “ras le bol général”, pourtant les organisateurs de la manifs ont eu une journée salopée par une extrême minorité de manifestants (une trentaine sur 200 on est loin du “général”), qui ont fait un spectacle son et lumière digne du puit du fou: deux questions me viennent a l’esprit:
    -la cause anti carcérale a t’elle avancée à l’issu du 10?
    – Et le rapport de force dominant/ dominés a t’il tourné un peu plus en faveur des dominés à l’issu du 10?
    Vous pouvez expliquer que “la rage “etait là, mais cela ne doit pas à mon sens vous enpecher de critiquer ce qu’il s’est passé, et je pense que en plus vous le faites entre vous, que certains briseurs sont eux memes decus ect……critiquer , ce n’est pas condamner, ce n’est pas être un “anarcho flic”, un “collabo”, “un allier objectif du vieux monde” comme on peut lire ici ou là…c’est poser les limites de ce qui s’est passé par rapport aux deux questions posé, mais je pense qu’il y en a d’autres des questions à poser…..(sur justement dans quel contexte utiliser ce repertoire de pratique politique déployé au cours du 10…),
    ce qui suit n’est pas en direction des auteurs de ce texte qui je pense sont refléchis,mais je vais dire ce que je pense du 10 au risque de passer pour “un vieux con” dont la société a “administré ma vie” (cf par exemple interwiew donné par coupat et puis d’autres lectures), je vais être un brin provocateur, , mais les actions du 10, c’etait beaucoup de prise de risque pour peu de resultats, ……et si les prisons sont dans ma tete, et que la société est une prison géante, en tout cas, en prison, on ne boit pas de biere à une terrasse, on ne dragouille pas des nanas qu’on emmène au cinema ou autres, on peut acheter des livres “gauchistes”‘ et enfin, je peux si ça me chante, creer mon squatt, occuper l’amphi J, me mettre en grêve (perdre de la thune mais pousser à une grève générale qui serait plus productive à mon sens que briser trois vitrines), aller en manif, essayer de peser à ma modeste mesure dans la société plutôt que d’être mis hors jeu pour des mois, des années….ou être reutiliser comme main d’oeuvre bon marché pour concurrencer les chinois! Enfin dans d’autres pays on flingue littéralement les opposants politiques, pas ici….enfin les partis, mouvances ect…ont toujours été largué historiquement par les “insurrections populaires”…..
    je pense que le débat sur tout cela serait intéressant…..j’espère qu’un jour il aura lieu entre toutes les forces progressistes…
    amicalement
    Nicolas L.

  8. Antirep 86

    Ce texte rappelle que la vie quotidienne de bien des jeunes, bien au-delà des signataires de ce texte est faite de contrôles d’identité multiples, d’un harcèlement policier.
    Il rappelle que l’initiative d’une journée anticarcérale est venue de jeunes militants, que sans elles et eux, il n’ y aurait eu aucune initiaive de dénonciation de la situation des prisons, à l’occasion de cette ouverture de prison à Vivonne.
    Non libertaire, je suis allé à cette manifestation car les suicides répétés dans les prisons, la situation de promiscuité ignoble qui y est imposée sont des arguments suffisants pour moi, au-delà des divergences avec le courant dit abolitionniste.
    Mais pour ce qui est du 10 octobre, présenter ce qui est apparu comme une action paramilitaire très organisée, très disciplinée, sans un mot, très rapide, de personnes masquées comme une expression spontanée de révolte me semble relever d’une fantaisie imaginative débridée. J’y ai vu une efficacité de commando; ça peut plaire, je sais. Cela m’est détestable. Un commando qui était efficace pour ne pas blesser gravement quiconque tout en mimant l’ultra violence par moments; il faut le reconnaitre.
    Sur les actions antipub, les démontages et masquages de pubs qui existèrent à Poitiers et dans bien d’autres villes étaient plus compréhensibles par un passant que le spectacle d’abri-bus aux panneaux brisés…
    Quant au mouvement étudiant qui fut une “expérience autogestionnaire” puis “une impasse”, j’espère pouvoir lire quelque chose précisant cela. Car une action de plusieurs mois à l’amphi J incompréhensible de l’extérieur mériterait d’être analysée.
    Puisque ce texte est politique, j’ y réponds politiquement. Ce qui signifie ne pas cacher ses divergences.

  9. Antirep 86

    Quelques réflexions aussi (pas trop de temps et je galère à écrire donc répondrai pas sur tout…):

    * Sur le fait que le 10 aurait changé ou non le rapport le dominant/dominé : c’est pour moi une fausse question dans le sens ou une manifestation ne produit jamais de “basculement” notable seule, la balance penche d’un côté comme de l’autre plutôt grâce à des dynamiques à moyen/long terme (l’exemple des manifs de l’an dernier avec plusieurs millions de personnes dans les rues est flagrant, elles n’ont rien changé du fait, entre autre, de leur découpement, voulu par les syndicats pour une bonne raison)
    * Sur la non-critique de ce texte envers les pratiques décrites: c’est un fait mais il me semble que ce n’était tout simplement pas le but de ce texte qui se veut essentiellement une mise en lien d’événements et de dynamiques récentes à Poitiers, par quelques un-ne-s de ses protagonistes; et ce avec un discours politique “clair” et non “consensuel” comme l’oblige plus ou moins l’anti-répression. Et même si je ne me retrouve pas non plus dans l’explication d’une “explosion de rage le 10 octobre” pour caricaturer, il est évident que de nombreuses discussions d’auto-critique ont eu lieu mais non pas forcément débouché sur quelque chose de public (il serait bon d’ailleurs que ce genre d’initiative existe chez tout les milieux, à quand remonte la dernière auto-critique d’un parti poitevin par exemple?). Peut-être en poserai-je quelques exemples dans quelques temps…
    * Sur la question de la “fuite”: c’est effectivement un problème récurrent! Je suis aussi critique de ce “phénomène” (bien que compréhensible), et d’accord sur le fait qu’on ne quitte jamais le système tant qu’il n’y a pas eu de changement global (mais tester de nouvelles pratiques de vie est toujours intéressant…),qui a toujours existé et où les limites sont plus que polémique (la plus haute forme étant les “communautés”), mais la phrase que tu prend tu la coupes de celle d’avant qui disait : “Effectivement, nos existences tentent de défier en permanence cet engrenage gestionnaire, par tous les moyens que nous pouvons inventer afin de s’extraire des cadres prédéfinis.” Cette phrase explique mieux la chose (bien que peut-être différentes de celle d’après suivant ce que voulaient y mettre ceux-celles qui l’ont écrit-e-s): vouloir échapper au maximum à certains rouages, surtout dans les luttes en quittant les relais institutionnels qui préexistes, c’est effectivement aller plus loin et nécessaire à mon sens. Sur le deuxième exemple, celui des luttes étudiantes: là il me semble qu’on ne peut pas parler de “fuite” tout simplement du fait que personne ne reste étudiant toute sa vie (à part quelques fous! je rigole). La phrase n’est peut-être pas claire mais je pense que ce qui est derrière c’est davantage une critique du milieu étudiant et de son non sens en terme de perspectives révolutionnaires.

    Voili voilou tout ça est très résumé mais bon…
    Bises
    Serge

  10. Antirep 86

    salut,

    * Sur le fait que le 10 aurait changé ou non le rapport le dominant/dominé : c’est pour moi une fausse question dans le sens ou une manifestation ne produit jamais de “basculement” notable seule, la balance penche d’un côté comme de l’autre plutôt grâce à des dynamiques à moyen/long terme (l’exemple des manifs de l’an dernier avec plusieurs millions de personnes dans les rues est flagrant, elles n’ont rien changé du fait, entre autre, de leur découpement, voulu par les syndicats pour une bonne raison)

    oui certes pas de basculements “notables”, j’ai formulé cela en essayant de me placer du point de vue de ceux qui ont porté ce type d’actions, pour en faire indirectement ressortir les limites (il me semble que les théories insurectionalistes ont des postulats qu’ils cherchent à démontrer sur le “terrain”)….c’est maladroit dans l’expression et la pensée, sans doute un peu naïf dans l’intention que je leur prête et les arguments que je me prépare à recevoir, bref je me gourre surement, je pense que j’y ferai gaffe à l’avenir pour éviter que l’on me ressorte cet argument que tu me sors qui est juste et que je partage.
    Nicolas L.

  11. Antirep 86

    Evidemment d’accord avec tout ce texte, sauf avec l’essentiel, à savoir avec le manque d’analyse critique des actions à envisager contre la violence institutionnelle ; ce qui est quand même, lorsqu’on ne veut pas se contenter de constater (même avec de jolis mots bien écrits), mais aussi agir, pour changer cet état de fait, un peu dommage.
    C’est d’autant plus troublant que le seul jugement réel sur les actes du 10 soit qu’ils soient
    “des actes plus radicaux qu’à l’ordinaire”…
    Certes, c’est radical au sens de l’action directe, et ce n’est pas à juger en soi.
    Oser parler de “violence”, et réclamer que soient retrouvés les “coupables” qui ont pété des vitrines de banques, comme l’ont fait certains merdias et certaines organisations politiques, pour qualifier une révolte consistant à faire perdre quelques euros à des agences, filiales de banques qui actuellement syphonnent des centaines de milliards d’euros venus de l’argent public, c’est ridicule au mieux de manque de lucidité, au pire de collaboration nauséabonde.
    Mais au-delà de ce constat d’évidence pour qui se creuse un minimum le ciboulard, quelle efficacité des actes ?
    Je ne vois pas comme super efficace le fait de péter des vitres remplacées deux jours après. On peut trouver ça compréhensible et même légitime, comme une colère qui s’exprime, comme furent légitimes les suffragettes qui démolissaient les vitrines de rues entière pour clamer les droits de la femme…
    Mais pour l’efficacité contre les prisons, ce qui était le débat du 10 octobre, je pense qu’on repassera, avec un bilan pour le moins déplorable !
    Et puisqu’on parle de radicalité, je trouve radicalement peu cohérent de tenir d’une part des discours d’émancipation et de liberté sur comment affronter un Goliath aussi violent que l’Etat… en épargnant d’autre part le superhéros davidien.
    Ce brave David qui de sa fronde, jette bravement son caillou au milieu de la foule de gens rassemblés pour protester contre Goliath… avant de se barrer vite fait.
    Le même David qui tirera une complainte sur le fait que l’Etat-Goliath (décidément très méchant) ait ensuite tapé sur les gens… gens qui, bien évidemment, recevront tout le mépris de Goliath, inconséquents qu’ils sont de clamer leur non-implication dans cette stratégie, pardon, leur “innocentisme”…
    Au-delà des envolées rageuses (et qui font toujours du bien à la plume et à l’oeil) sur le partage du constat de la violence du système, il serait peut-être temps, aussi, de réfléchir aux modes d’action les plus réellement efficaces pour l’enrayer durablement plutôt que de lui servir de punching-ball du dimanche.
    Et là, au-delà du spectacle, y’a du boulot.

  12. Antirep 86

    “sur le partage du constat de la violence du système, il serait peut-être temps, aussi, de réfléchir aux modes d’action les plus réellement efficaces pour l’enrayer durablement plutôt que de lui servir de punching-ball du dimanche.” (Jeannot)

    Je suis bien d’accord… Et en particulier maintenant en ce qui concerne la période pré-électorale que nous sommes en train de commencer à vivre. Les uns passent chez les autres et vice versa, des traitres pointent le nez, des alliances se nouent qui seront rompues aussi sec. Bref, le punching-ball est permanent ! Ne serait-il pas temps en effet de réfléchir aux modes d’actions les plus réellement efficace ?
    Car enfin ! Si les “casseurs-toto-coucou-invisibles-BB” servent de punching-ball au pouvoir c’est quand même plus ethiquement recevable que d’être ce pouvoir lui même et de mener ou projeter de mener la même politique répressive comme le font les socialistes depuis si longtemps.

    Je crois qu’en matière d’efficacité tous et toutes sont logés à la même enseigne.

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