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Poitiers s’est transformé en champ de bataille, Caroline Éluard, La Nouvelle République, 12 octobre 2009.

Sous prétexte d’une manifestation anti-carcérale, près de 250 casseurs ont semé la panique en centre-ville, samedi après-midi.

Nous savions qu’une manifestation contre le déménagement des prisonniers de la prison de la Pierre-Levée à celle de Vivonne était prévue samedi après-midi, déclare Bernard Tomasini, préfet de la Vienne et de la région Poitou-Charentes. “Mais nous ne pouvions pas imaginer que ce mouvement allait dégénérer, que des “ultras” profiteraient lâchement du festival “Les Expressifs” pour casser.”

À 16h30, samedi, une soixantaine d’individus connus des services de police se sont retrouvés derrière l’hôtel de Ville. “Vingt-quatre policiers étaient présents pour encadrer la manifestation”, explique Jean-François Papineau, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). Mais soudain, des hommes masqués avec des sacs sur le dos sont arrivés des rues adjacentes. Là, les forces de l’ordre ont compris que le mouvement risquait d’être plus violent que prévu. “Le commissariat a été immédiatement prévenu pour que des hommes supplémentaires interviennent”, confie Jean-François Papineau.

Vers 17h30, le cortège a pris la rue Jean-Jaurès pour déboucher au niveau du Pont-Neuf. “Il était 17h40, quand ils ont commencé à taguer, à lancer des feux de Bengale.” Puis les quelque 250 hommes ont formé un “regroupement compact”. “Ils ont semblé hésiter entre continuer sur le faubourg du Pont-Neuf pour aller à la prison de la Pierre-Levée et faire demi-tour.” Ils ont finalement rebroussé chemin en s’en prenant violemment aux policiers en queue de cortège. “Des fusées, des pierres, des feux de détresse, des marteaux et des burins ont été jetés. Les vitres d’un véhicule de police ont été brisées.”

"Professionnels de l'action violente"

"Professionnels de l'action violente"

“Il est désormais clair que les casseurs n’avaient pas l’intention de se rendre à la prison, précise Bernard Tomasini. Le défilé avait pour objectif d’éloigner les forces de l’ordre du centre-ville.”

“Professionnels de l’action violente”

Les émeutiers ont alors remonté la rue Jean-Jaurès. Apercevant, les policiers qui les attendaient au niveau des Cordeliers, ils ont rejoint la rue de la Cathédrale pour arriver rue du Marché et enfin place Notre-Dame. “Ils marchaient rapidement en rangs serrés et protégés devant et derrière par de grandes bâches noires, continue Jean-François Papineau. Là, ils se sont mis à casser les devantures de banques, d’agences de téléphonie mobile, d’assurances, mais pas seulement.”

Si à ce moment-là, entre cinquante et soixante policiers étaient présents, il leur était difficile d’intervenir car il y avait énormément de monde dans la rue. “Ils ont jeté trois grenades lacrymogènes, mais ils ne pouvaient pas faire davantage. Il y avait des enfants, des personnes âgées…”

À 18h05, les casseurs se sont dispersés ôtant leurs masques, se débarrassant de leurs sacs, de tout ce qui aurait pu permettre de les identifier.

Au total, dix-huit personnes ont été interpellées, certaines pendant le déferlement de violence, d’autres dans la soirée, voire la nuit. Trois interpellations ont notamment eu lieu lors d’un concert qui se déroulait au 23, route de Paris.

“On sait peu de chose sur ces activistes dont les deux tiers ne sont pas de Poitiers. Mais il s’agit de professionnels de l’action violente et clandestine.” Ils avaient tout l’attirail du “parfait” casseur : lunettes de plongée, masque à gaz, gants, vêtements sombres, bâtons, projectiles divers. Ils ont même distribué des tracts indiquant comment réagir en cas de garde à vue. Dans la soirée, des sacs à dos contenant des habits propres et une cache d’armes ont même été retrouvés dans les alentours du parking Charles-de-Gaulle.

Deux policiers ont été blessés au cours du mouvement et un salarié de Bouygues Télécom a été transféré aux urgences. “Je l’ai eu téléphone, il va bien”, précise Alain Claeys, maire de Poitiers.

Samedi soir, un périmètre de sécurité a été établi dans les environs de la place Notre-Dame. “Les lieux sont gérés comme une véritable scène de crime pour relever des indices.”

Caroline Éluard

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