Les relations entre policiers et marginaux au tribunal NR 09-09-09

Poitiers. Un jeune homme de 28 ans, soutenu par les marginaux poitevins, était poursuivi hier pour outrage et menaces sur un policier.

L’un et l’autre se prénomment David et c’est bien leur seul point commun. Le premier appartient à la nébuleuse des marginaux poitevins. Le second est gardien de la paix. Ils se sont retrouvés face à face hier au tribunal, où le marginal était cité pour outrage et menaces sur le policier.
Jusqu’à une date récente, les relations étaient, disons, tolérables entre les marginaux du centre-ville et les policiers chargés d’y maintenir un minimum d’ordre. En gros, les agents de police demandaient régulièrement aux jeunes désœuvrés de passer une laisse à leurs chiens et de vider leurs bières dans le caniveau. Généralement, les intéressés s’exécutaient… jusqu’à ce que la police ait tourné le coin de la rue.
Cette police de proximité aussi bon enfant qu’inefficace aurait pu perdurer longtemps si les commerçants ne s’étaient plaints auprès de la mairie des nuisances de leurs voisins : vociférations, aboiements, déjections canines. Le maire a fini par prendre, ou réactualiser, des arrêtés interdisant les regroupements de chiens et la consommation d’alcool sur la voie publique. Il a, dans la foulée, fait savoir au directeur de la police qu’il entendait bien que ses arrêtés ne restassent pas lettre morte.
De directeur en chef de service, de chef de service en gardiens de la paix, la consigne a dégringolé la hiérarchie : désormais, il allait falloir se montrer un peu plus répressif dans les rapports aux marginaux. La consigne a été suivie avec des zèles divers par des policiers plus portés sur la répression de la vraie délinquance que sur l’épuisante lutte contre les incivilités quotidiennes d’une poignée de jeunes plus encombrants que méchants.
David, que les SDF poitevins ont surnommé Hoocker, prend les ordres au pied de la lettre. A son retour de vacances, le 11 août, il commence à verbaliser. Les marginaux, qui n’ont jamais porté Hoocker dans leur cœur, le prennent mal. Et le 19 août, c’est l’incident. Selon le policier et deux de ses collègues, David M. l’aurait traité de fasciste et de raciste et l’aurait menacé : “Je connais tes enfants, ta voiture et ton domicile : tu vas voir.”

Le policier
aurait été traité
de raciste
et de fasciste

Placé en garde à vue, David nie avoir tenu de tels propos. Hier, devant le tribunal, il a renouvelé ses dénégations. Il se serait contenté de reprocher au policier ses “méthodes fascistes” et ses “propos racistes”.
Les dépositions des trois policiers, assermentés, pèsent lourd dans la balance. D’autant plus lourd que les enquêteurs ont soigneusement évité d’interroger les autres marginaux présents le jour de l’incident, ce que déplore avec véhémence Me Thierry Zoro, avocat de David M. L’avocat a cependant versé au dossier plusieurs attestations qui tendent à démontrer que les méthodes et les propos de Hoocker excédaient largement les consignes : “Mon rôle, c’est de dépolluer Poitiers”, aurait notamment déclaré le gardien de la paix, qui ne confirme pas.
En face, Me Patrick Arzel a autant d’attestations sur l’attitude des marginaux. Bref, ce procès sous forte surveillance policière (encore que les agents et gradés sur place pourraient tout aussi bien être là pour soutenir leur collègue) ressemble fort à un face à face stérile entre marginaux _ ils sont une trentaine dans la salle _ et policiers, soutenus par une forte délégation de commerçants du centre-ville.
Comme il le fait généralement lorsqu’un procès se déroule sous tension, le tribunal a mis son jugement en délibéré. Il sera rendu le 13 octobre.

Vincent Buche

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