«

»

Imprimer ce Article

En réponse à l’article de la NR du 19 février 2011 « La rixe du 21 juin raccourcie »

Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux

Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux

En réponse au petit article que la Nouvelle République du 19 février 2011 a consacré à ce qu’elle qualifie de “rixe du 21 juin” (La rixe du 21 juin raccourcie) quelques remarques :

1) Vous écrivez que les six jeunes ont été “condamnés en première instance à des peines modérées”. Peut-on vraiment dire que 15 jours de prison ferme pour l’un des six jeunes et 2 mois d’emprisonnement avec sursis pour quatre autres, sans compter les amendes dont 1 500 euros solidairement, pour des gens qui ont eu pour seul “tort” d’être présents à la Fête de la musique et d’être ciblés et harcelés par la police, sont des peines modérées ? Le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux trouve modérée, par exemple, la peine infligée au fils Fillon en septembre 2009, lorsqu’au volant du 4 x 4 de son père il a tenté de provoquer un accident avec une motarde à Rennes. Il n’a eu, pour ce qui ressemble assez à une tentative d’assassinat, qu’un simple rappel à la loi1. On pourrait nous objecter qu’il n’avait pas de casier judiciaire. Mais alors, que penser de la “condamnation de principe”, comme la presse locale l’a titré, d’Amandine le 29 janvier dernier ? Amandine avait, le 22 juin 2010, collé des affichettes dans le centre-ville portant ces mots : “FÊTE DE LA MUSIQUE, tabassage gratuit de la police envers des passants place de la Liberté sous la direction de Papineau. Est-ce normal ?” Bien que n’ayant elle non plus pas de casier judiciaire, le tribunal l’a condamnée, non à un simple rappel à la loi, mais à 500 € d’amende avec sursis, ainsi qu’à régler au commissaire Papineau 500 € de dommages-intérêts et 600 € pour ses frais d’avocat – et cela en l’absence de ressources… Pour le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, la disproportion existant dans le règlement de ces deux affaires montre de manière évidente que nous sommes en présence d’une justice de classe.

2) Vous écrivez aussi que le commissaire Papineau a témoigné avoir entendu une « silhouette tout en noir” dire : « Papineau, on aura ta peau”, mais vous ne relevez aucune des nombreuses contradictions que recèlent ses propos. Ainsi, il déclare ne pas avoir distingué le visage de cette silhouette car elle portait une capuche, mais, en dépit de la distance et de la présence d’autres personnes autour, comme en dépit du fait qu’il ne peut préciser si la phrase incriminée a été prononcée par un homme ou une femme, il sait que c’est elle qui a parlé. Et vous ne soulignez pas davantage les contradictions entre ces propos et le témoignage du commissaire au procès de juillet 2010. Pourtant, les notes prises durant l’audience du 8 juillet 2010 par l’un des militants du Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux sont éclairantes : “Arrivant place Charles de Gaulle, par la rue de la Regratterie, pour me diriger vers la Grand-Rue, racontait alors le commissaire Papineau, j’entends : “Papineau, on aura ta peau !” et, venant de devant, une canette de verre atterrit à mes pieds, du côté gauche ; sa trajectoire étant en dehors de mon champ de vision, c’est en tournant la tête que j’aperçois, à droite de la façade de l’église, une silhouette (seule) non identifiable, compte tenu de sa capuche.” Dans sa première version, le commissaire n’avait ainsi vu ni celui qui avait crié ni celui qui avait jeté la bouteille puisqu’ils étaient “en dehors de [s]on champ de vision”. Dans sa seconde version, il a vu que c’était la “silhouette tout en noir” qui disait : “Papineau, on aura ta peau.” Dans cette affaire comme dans beaucoup d’autres qui ont des policiers non seulement pour parties civiles mais encore pour témoins et même pour enquêteurs, il n’y a ni preuves ni témoins non policiers venant donner quelque réalité aux allégations de ces policiers. Et, dans cette affaire comme dans beaucoup d’autres, tous les moyens sont bons, y compris les mensonges et les affabulations, pour charger certains militants qui sont ciblés afin de les faire “tomber”. Cela participe du harcèlement policier mis en œuvre à Poitiers depuis plusieurs années maintenant à l’égard de certains jeunes, et qui est une des méthodes expérimentées dans les quartiers puis généralisées par les autorités. Ce harcèlement sert à dissuader ceux et celles qui y sont soumis de s’engager sur le terrain politique, ou à les intimider lorsqu’ils et elles se sont déjà engagés. Il sert aussi à détourner l’attention de l’essentiel : les agissements de la préfecture et de la police, ainsi que l’alliance objective de la mairie et de la préfecture, en ce qui concerne Poitiers ; et, au niveau national, il vise à faire oublier les profondes inégalités existant en France, auxquelles la seule réponse apportée par les autorités (État comme collectivités locales) est la répression – non seulement et bien sûr pour occulter le problème, mais aussi pour empêcher que d’autres solutions soient avancées.

3) Enfin, concernant ce harcèlement – qui vient de se manifester une fois de plus dans le procès en appel, à travers l’énorme peine requise par le procureur à l’encontre de Nina : huit mois de prison dont six fermes et l’obligation d’indemniser ses “victimes”, alors que son avocate demande la relaxe totale –, la presse ne pourrait-elle s’abstenir d’y participer en publiant systématiquement les noms et prénoms des personnes contre lesquelles les autorités s’acharnent ? Nous vous rappelons que certains de ces jeunes ont été soumis à de telles pressions et surveillances policières qu’ils ont dû s’exiler dans d’autres villes afin de pouvoir vivre comme tout un chacun. Déjà, les journalistes refusent depuis quelque temps de présenter le point de vue des militants harcelés et de leurs soutiens ; ils reprennent en général la version policière des faits – en qualifiant par exemple de “rixe” ce qui a été admis au procès et en appel, concernant la Fête de la musique, comme une “interpellation extrêmement violente”… Ils auraient pu s’étonner que, après avoir fait appel contre cinq des six jeunes interpellés à cette occasion, le commissaire Papineau se soit, à quelques heures du nouveau procès, brusquement désisté pour concentrer sa charge sur Nina. Ils pourraient au moins se cantonner à une certaine réserve, au lieu de participer à la curée.

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux – antirep86.frantirep86@free.fr

Lien Permanent pour cet article : http://www.antirep86.fr/2011/02/20/1202/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*