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Communiqué d’Antirep86 concernant la condamnation d’Amandine

Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux

Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux

Amandine passait hier devant le tribunal correctionnel pour avoir, le 22 juin dernier, collé des affichettes dans le centre-ville portant ces mots : “FÊTE DE LA MUSIQUE, tabassage gratuit de la police envers des passants place de la Liberté sous la direction de Papineau. Est-ce normal ?” Elle avait en effet été, au cours de la nuit précédente, témoin de l’interpellation très violente de six jeunes gens sur cette place à l’issue de la Fête de la musique. Le tribunal a retenu la culpabilité d’Amandine : il l’a condamnée (en l’absence de ressources et de casier judiciaire) à 500 € d’amende avec sursis, ainsi qu’à régler au commissaire Papineau 500 € de dommages-intérêts et 600 € pour ses frais d’avocat.

Cette condamnation appelle plusieurs remarques :

– Face à la police, revendiquer un tel geste comme l’a fait Amandine en disant : “Je n’ai fait qu’écrire ce que j’ai vu” ne tient pas. Même si c’est la réalité, employer le mot “tabassage” et laisser entendre que les policiers peuvent frapper n’importe quel passant sont diffamatoires… ainsi que l’a affirmé l’avocat du commissaire Papineau : cela ne peut conduire qu’à être interpellé et gardé à vue – Amandine l’a été – car, c’est bien connu, jamais la police ne se conduit de la sorte.

– Le fond de l’affaire se situe, de l’avis général, ailleurs. Déjà, Amandine avait témoigné, au procès des six jeunes militants inculpés après la Fête de la musique, sur le tabassage policier auquel elle avait assisté. Hier, le plaignant Papineau s’est déclaré “profondément choqué par la teneur du texte qui participe d’une campagne de dénigrement tendant à démontrer que les policiers sont des soudards [sic !]”. L’avocate d’Amandine s’est demandé s’il était bien utile “de remettre du charbon dans la machine“, en faisant référence à l’acharnement incessant de la police à l’encontre de jeunes militants (dont ceux qui ont été interpellés le 21 juin dernier), acharnement qu’ils et elles subissent depuis deux ans à travers la multiplication des filatures, contrôles d’identité, gardes à vue et procès. Et la NR elle-même fait le lien avec ces jeunes militants (sous la plume d’un Vincent Buche qui ose par ailleurs, en toute objectivité bien sûr, les qualifier de “jeunes marginaux” !), en annonçant d’entrée dans sa relation du procès : Le conflit entre un groupe de jeunes Poitevins et le directeur de la police Jean-François Papineau a connu un nouvel épisode judiciaire hier soir.” (“Commissaire diffamé : condamnation de principe“, NR, 28/01/2011.) On se trouve donc bien toujours dans le cas de figure que le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux ne cesse de dénoncer. Et c’est bien pourquoi ce qui s’est passé le 21 juin ne peut être considéré que comme un véritable traquenard tendu par des policiers dans un esprit revanchard.

– En se portant partie civile, les policiers obtiennent souvent plusieurs centaines d’euros qu’ils sont sûrs de toucher, même si les condamnés se trouvent sans la moindre ressource, du fait que la loi Le Pors oblige l’Etat à verser à ses fonctionnaires les dommages et intérêts qu’ils ont obtenus lors de procès mais que les condamnés ne peuvent payer. La dernière Fête de la musique à Poitiers n’a ainsi pas été que l’occasion pour certains policiers de charger un maximum des militants par des accusations de “violences en réunion envers des dépositaires de l’autorité publique“, afin de les envoyer un certain temps en prison : il y avait aussi l’idée d’obtenir d’eux des dommages et intérêts conséquents qui non seulement constitueraient un exemple et empêcheraient la récidive, mais permettraient aux policiers d’arrondir leurs fins de mois. De même, avec le procès d’Amandine, comme avec celui qui va avoir lieu le 18 février pour les six inculpés de la Fête de la musique, il y a pour M. Papineau un moyen de gagner quelques sous. N’ayant pas été suivi par le tribunal lors du premier procès contre ces six jeunes, puisque ce tribunal n’a retenu ni la “violence en réunion” ni la “violence” à son égard, et ne lui a octroyé aucune indemnisation, il a fait appel pour y remédier, en même temps que pour tenter d’abolir les incohérences de la version policière corrigée par la justice.

– Enfin, Amandine n’appartient pas à ce “groupe de jeunes Poitevins en conflit avec la police”, et cela explique la sévérité de sa peine : il s’agit de dissuader toute personne autre que les éternels militants – d’âges et de causes diverses – de manifester leur solidarité ou leur écœurement. Autrement dit, on dresse un cordon sanitaire, un no man’s land autour de ces dits jeunes et de leurs alliés, pour les isoler, de façon à effrayer quiconque serait tenté de franchir le no man’s land : ne vous mêlez pas de ça, ce n’est pas vos oignons – ou vous y laisserez des plumes !

Il n’a jamais été aussi clair qu’aujourd’hui que la justice – comme la police, la presse, la préfecture, les élus –, en servant ses propres intérêts et les intérêts de ses alliés, sert les intérêts de la bourgeoisie. Nous ne nous y trompons pas : se déroule devant nous la lutte des classes. “Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir”, écrivait Jean-Jacques Rousseau dans Le Contrat social. On se gausse de Ben Ali, mais ici aussi une clique impose sa loi, et soit le peuple se soumet soit il résiste, soit personnellement on se soumet soit on résiste. Amandine et ce que la presse appelle sans rire les “jeunes marginaux” l’ont fait. Ils ont notre soutien.

Le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux dénonce la profonde injustice de la sanction qui frappe Amandine. Arrêt immédiat des rackets judiciaro-policiers !

Hier, c’était Ben Ali. Demain, ce sera Sarkozy !

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociauxantirep86.frantirep86@free.fr

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