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Taser : un mort à Colombes, des associations demandent un moratoire sur le Taser LEMONDE.FR avec AFP | 30.11.10

Taser : un mort à Colombes, des associations demandent un moratoire sur le Taser

Un policier équipé d'un Taser. A Colombes, les syndicats de police affirment que leurs collègues étaient en situation de légitime défense. AFP/JEAN-PIERRE MULLER

Un policier équipé d'un Taser. A Colombes, les syndicats de police affirment que leurs collègues étaient en situation de légitime défense. AFP/JEAN-PIERRE MULLER

Un Malien de 38 ans est mort dans la nuit de lundi à mardi à Colombes (Hauts-de-Seine) après avoir reçu au moins deux décharges du pistolet à impulsions électriques Taser lors de son interpellation. D’après les premiers éléments de deux enquêtes conjointes, le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux a indiqué que les policiers avaient été “contraints” d’utiliser l’arme à son encontre.

Les faits se sont déroulés vers minuit, quand la police a été appelée en raison d’un différend entre la victime et l’ami qui l’hébergeait. L’homme, qui était sans papiers, s’est rebellé quand les policiers ont voulu contrôler son identité et a tenté de frapper l’un d’entre eux avec “une sorte de marteau”. Un voisin, qui dit avoir vu l’arrestation en regardant par le judas de la porte de son appartement, a indiqué sur France Info que les policiers lui avaient demandé plusieurs fois de lâcher l’outil, en vain.

Sur BFMTV (en partenariat avec 20 Minutes.fr), Laurent Arnaudas, du syndicat SGP-FO, raconte que ses collègues ont utilisé un tonfa pour le désarmer puis des gaz lacrymogènes qui lui ont fait prendre la fuite. “Une fois retrouvé dans les étages, l’homme, toujours aussi virulent, agressif et violent, a été maîtrisé après deux décharges de Taser”, indique-t-il. Violent et de forte corpulence selon la police, l’homme aurait blessé quatre des huit agents de police venus le maîtriser. C’est alors que les policiers le descendaient du 12e étage au rez-de-chaussée que l’homme a été victime d’un malaise et qu’il est mort malgré l’intervention du SAMU et des pompiers.

Le voisin témoin évoque, lui, trois tirs : “Ils étaient au moins une dizaine de policiers. Il y a eu trois tirs de Taser”, a-t-il déclaré à l’AFP. L’homme “a commencé à crier au premier tir. Après le deuxième tir, il donnait des coups de pied par terre et au troisième tir, alors qu’il était à terre, on n’entendait plus aucun bruit”. “Les policiers l’ont alors porté, allongé, jusqu’à l’ascenseur. On aurait dit un sac de patates”, a dit ce témoin. Une journaliste de l’AFP a constaté mardi une tache de sang d’une quinzaine de centimètres sur le palier.

“LÉGITIME DÉFENSE”

Une autopsie a été ordonnée, et une double enquête judiciaire et administrative a été confiée à l’inspection générale des services (IGS, la police des polices), a annoncé Brice Hortefeux dans la matinée. “J’attends les conclusions de l’enquête pour prendre toutes les mesures qui s’imposent”, a-t-il dit, expliquant toutefois que l’interdiction de cette arme n’était pas envisagée pour l’instant : “L’alternative, c’est l’arme à feu”, a-t-il dit. Le ministre a précisé que les policiers, blessés pendant l’intervention, s’étaient trouvés face à un individu “extrêmement agressif”.

Alliance, deuxième syndicat de gardiens de la paix, a invoqué la “légitime défense” pour expliquer l’utilisation du Taser. “Nos collègues, victimes de l’acharnement de cet individu excessivement violent, ont fait usage du Taser dans les règles les plus strictes de la légitime défense afin de préserver leur intégrité physique”, affirme Alliance, qui a dit “redouter que certains se servent de cet événement dramatique, non imputable aux collègues intervenants, pour faire une nouvelle fois le procès de la police”.

“LE DRAME, C’EST DE PENSER QUE LE TASER N’EST PAS MORTEL”

Mon propos n’est pas de dire que le policier a voulu tuer, mon propos est de dire que la police d’un Etat de droit ne doit pas être équipée d’armes qui peuvent tuer sans que les gens qui les utilisent le sachent”, a déploré Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, sur France Info. “Quand le policier dégaine son revolver lorsqu’il est en situation légale de le faire, il sait qu’il peut tuer. (…) Là, le drame c’est que les policiers utilisent le Taser en pensant que ce n’est pas dangereux, que ce n’est pas mortel ! Et voilà, maintenant il y a un mort…”

Le Taser X26 est utilisé par quelque 5 000 policiers, gendarmes et policiers municipaux. REUTERS/CHRISTINNE MUSCHI

Le Taser X26 est utilisé par quelque 5 000 policiers, gendarmes et policiers municipaux. REUTERS/CHRISTINNE MUSCHI

Le Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme (Raidh) a réclamé “un moratoire immédiat” de l’utilisation des Taser, une “arme de torture susceptible de donner la mort”, conformément aux recommandations du Comité contre la torture des Nations unies rappelant que cette arme “adresse une décharge de 50 000 volts”.

Le Parti de gauche a exprimé “son indignation et sa colère” et exigé, lui aussi “un moratoire immédiat sur le sujet et la mise en place d’une commission d’enquête”. Le socialiste Julien Dray a demandé un réexamen des “conditions d’emploi” de l’arme, Jean-Michel Baylet (PRG) une “enquête parlementaire”.

Le président de la LDH a ajouté qu’il espérait que la victime, bien que sans papiers, serait prise en considération comme s’il avait des papiers. “On imagine pas qu’il y ait une sous-enquête comme s’il y avait des sous-êtres humains.”

En savoir plus :

– Consulter la “campagne anti-Taser” du Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme (Raidh).

– Consulter le décret du 22 septembre 2008 autorisant les policiers municipaux à utiliser le Taser.

– Consulter le dernier rapport du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (le chapitre consacrées aux armes à impulsions électriques est page 35).

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