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Police : ça n’ fait rien, nous vivons un temps bien singulier…

Témoignage sur un ensemble de faits survenus le 29 avril 2009 entre 15 et 16 h 30 en gare de Bordeaux St Jean.

De passage à Bordeaux, j’attendais un train qui me ramènerait à Poitiers. A mon entrée dans le hall, j’avais constaté que six policiers contrôlaient l’identité de jeunes assis par terre qui eux aussi attendaient leur train.

L’attente se faisait d’autant plus longue que les TGV en direction de Paris subissaient un retard dû à un problème situé, d’après les panneaux d’affichage, vers Tours… N’ayant rien d’autre à faire que regarder ce qui se passait autour de moi, il ne me fut donc pas difficile de constater que les forces de police déployaient une stratégie concertée, précise se voulant efficace…

Ils repéraient un susceptible “délinquant potentiel”… Il était jeune, noir ou asiatique, en tout cas étranger… Avait-il ses papiers ? était-il en règle ? Avait-il commis quelque larcin, était-il recherché ??? Ils se concertaient discrètement autour de leur chef, encerclaient leur ” suspect “, en faisant bien attention qu’il ne puisse s’échapper…

Ils lui demandaient alors ses papiers [1] à ce “suspect d’être très bronzé”… Et pour éviter, lors d’une future procédure judiciaire éventuelle, de se faire jeter par les tribunaux pour contrôle d’identité au “faciès”, peut-être aussi pour éviter les réactions du style “pourquoi moi ?” : ils demandaient aux “bons français normaux” autour, de présenter les leurs.

Évidemment, les papiers pris à la cantonade étaient rendus après une lecture rapide [2]. Mais le permis de conduire du “grand jeune black avec plein de sacs de voyage [3]” a fait l’objet d’une interrogation des fichiers des personnes recherchées (et d’autres certainement, désolé, je ne suis pas un spécialiste !). Et puis… On lui a rendu ses papiers… Alles Klar ! [4]

J’étais vingt mètres plus loin… ” Pas de pot pour moi”, à ma droite (juste à côté, y a pas idée !) il y avait un homme de type asiatique (comme on dit dans la police… Vous voyez : on s’habitue !)… Et le stratagème a recommencé.

Les Flics et Fliquettes (désolé, ceux-là, je ne peux pas les respecter !) ont demandé ses papiers à ce “Monsieur” à moi et à quelques autres (dont une jeune fille aux habitudes vestimentaires pas trop BCBG, sait-on jamais si l’on pouvait faire d’un encerclement, deux coups !).

Après une lecture extrêmement rapide de ceux-ci, nos papiers nous ont été rendus. Le “Monsieur” avait un passeport en règle (ce fut encore vérifié par appel au fichier !). Comme j’ai fait remarquer à la Fliquette qui m’avait tancé, que c’était la première fois de ma vie que je subissais un contrôle d’identité et que je trouvais leurs méthodes pour le moins particulières, la jeune fille (pas BCBG) est passée comme nous au travers du filet (filet du contrôle : car elle non plus n’avait, j’en suis certain, rien à se reprocher).

Après cet épisode un tantinet contesté, les flics ont disparu comme une volée de moineaux, allant sans nul doute commettre d’autres ” forfaitures légales ” hors de notre vue.

Avec mes amis, j’ai bien tenté de parler de ce qu’elles venaient de vivre avec les personnes qui étaient autour de moi, en gros seul un couple d’anglais trouvait que l’usage de telles méthodes pouvait être assimilé à une grave atteinte aux libertés individuelles. Les autres étonnées, sous le choc, restaient sur le retrait ou parlaient du retard des trains et de la SNCF qui informait mal ses usagers (ce qui, en comparaison bien que mineur, est vrai aussi !)…

A l’avenir, dans un hall de gare, les autres témoins éviteront certainement de se placer à côté d’un noir, d’un asiatique, d’un ” suspecté étranger ” ou d’un jeune un peu trop décalé. Comme le dit Laurent Mucchielli, la police instaure : “La frénésie sécuritaire, frénésie qui a pour premier objectif d’installer un climat de méfiance et de peur afin de faire taire toute révolte, toute contestation”.

Moi, j’ai honte de mon gouvernement et de ma police…

La politique du chiffre imposée par nos gouvernants, relayée par la hiérarchie préfectorale, imposée aux policiers par leur hiérarchie entraine ce genre de violence (car c’en est une !) exercée par la police à l’encontre des français. Comme le disait Georges Brassens en 1966 dans ” l’épave ” : Ça n’ fait rien, nous vivons un temps bien singulier !

En tout cas, pour moi, si l’on ne veut pas vivre un jour sous un régime policier, il est vraiment temps de se réveiller !

Extrait de L’épave

Le r’présentant d’ la loi vint, d’un pas débonnaire.

Sitôt qu’il m’aperçut il s’écria : “Tonnerre !

On est en plein hiver, et si vous vous geliez !”

Et, de peur que j’ n’attrape une fluxion d’ poitrine,

Le bougre, il me couvrit avec sa pèlerine.

Ça n’ fait rien, il y a des flics bien singuliers…

Et depuis ce jour-là, moi, le fier, le bravache,

Moi, dont le cri de guerr’ fut toujours : “Mort aux vaches !”

Plus une seule fois je n’ai pu le brailler.

J’essaye bien encor, mais ma langue honteuse

Retombe lourdement dans ma bouche pâteuse.

Ça n’ fait rien, nous vivons un temps bien singulier…

Georges Brassens (1966 – Supplique pour être enterré à la plage de Sète, 10)


[1] Certaines gares sont déclarées zones internationales ce qui permet à la police de contrôler l’identité des personnes sans flagrant délit de celles-ci. Je sais que la gare de Poitiers et son parking sont dans ce cas, selon toute vraisemblance la gare de Bordeaux a le même statut.
[2] Dans le premier lot il y avait même un jeune à qui l’on donnerait sa fille sans inquiétude, qui ne les avaient pas, lui, ses papiers… Il a présenté sa carte bleue et ça a suffit. C’est incroyable, mais je vous jure que c’est vrai !
[3] Étonnant quand même dans une gare d’avoir des gros sacs de voyage !
[4] Comme on disait à une certaine époque : tout est clair… Tout était rentré dans l’ordre !

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