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Discours non dit du 18 novembre

Nous sommes ici pour exiger l’acquittement de Patrick Dubreucq qui a été incarcéré à la prison de Vivonne. Jugé coupable d’avoir lancé une pile en direction des forces de l’ordre, il a été condamné à huit mois de prison, dont quatre mois ferme. Parce qu’il vit de minima sociaux, la justice n’a pas considéré qu’il présentait les garanties nécessaires à sa remise en liberté.

Hier à Poitiers ici même devant le palais de justice, le Comité de soutien aux inculpés du 10 octobre et le Comité Poitevin contre la Répression des Mouvements Sociaux composé d’individus soutenus par des associations, des syndicats et des partis politiques (Alternatifs Poitiers, les Verts-Vienne, le Nouveau parti anticapitaliste, l’Organisation communiste libertaire, le Parti de gauche 86, la section de Poitiers du Parti communiste français, SUD Éducation 86 et SUD Étudiants Poitiers), comme à Tours, place Jean-Jaurès, les organisations SUD Solidaires, le Collectif départemental de soutien aux sans-papiers, le NPA, Alternative libertaire et les Amis de Demain le grand soir, ont participé au même moment à des rassemblements, pour exiger l’acquittement de Patrick Dubreucq. Les Tourangeaux ont organisé un covoiturage et sont présent aujourd’hui avec nous pour soutenir Patrick.

Précisons d’abord que le Comité Poitevin contre la Répression des Mouvements Sociaux ne saurait céder à l’hystérie collective qui a prédominé après les événements du 10 octobre. Le Comité Poitevin contre le Répression des Mouvements Sociaux, ne condamne pas, il analyse. Il ne justifie pas, il cherche à comprendre.

Il est hors de question que le Comité Poitevin contre la Répression des Mouvements Sociaux se trompe de cible et occulte la brutalité du libéralisme et de la répression derrière la violence des acteurs sociaux. Réduire les gens à la misère et les y maintenir est brutal, les inégalités sociales sont brutales, la destruction des services publics est brutale, la présence policière, les arrestations, les garde à vue, les procès, la prison c’est aussi de la brutalité. C’est contre tout cela que nous nous battons.

Pour le Comité Poitevin contre la Répression des Mouvements Sociaux, ce qui s’est passé le samedi 10 octobre n’est pas arrivé comme ça par hasard. Il s’agit pour nous de la suite logique d’un processus qui s’est mis en place progressivement, disons de mars-avril 2006 à aujourd’hui. Pour la partie qui nous intéresse ici, le processus à commencé en avril-mai 2008 avec le gazage des manifestants lycéens à la gare et les brutalités policières qui s’en sont suivies, par exemple les cordons policiers pour briser les blocus, les policiers à l’intérieur des lycées, les arrestations de délégués lycéens mandatés, y compris devant leur lycée… Puis les condamnations, les mises à l’épreuve… Tout l’arsenal de la répression policière et judiciaire utilisé contre les jeunes des banlieues, a été utilisé contre les jeunes lycéens. Il s’en est suivi, durant toute l’année scolaire 2008-2009, toute une série de provocations et de harcèlement policiers à l’égard des jeunes militants devenus étudiants. Les mêmes provocations et harcèlement que connaissent aussi fort bien les jeunes des banlieues : contrôles d’identité intempestifs, appeler les jeunes par leur prénom la nuit, les suivre sans raison, les arrêter, les mettre en garde à vue, les condamner… C’est précisément pour lutter contre cela que le Comité Poitevin contre la Répression des Mouvements Sociaux a été crée en avril 2009.

Pour le Comité Poitevin contre la Répression des Mouvements Sociaux, ce qui s’est passé à partir de samedi 10 octobre n’est pas non plus arrivé comme ça par hasard. Pourquoi avoir maintenu le transfert des détenus en même temps que le Festival des Expressifs ? Pourquoi avoir tiré des grenades lacrymogènes dans la foule alors que les manifestants avaient déjà disparu ? Pourquoi cette descente de police au 23 ? Pourquoi ces arrestations arbitraires ? C’est que selon nous la police de Poitiers suivait sa logique, la logique répressive mise en place depuis, au moins, mai-juin 2008, logique que nous venons de décrire et qui s’est retournée complètement contre elle et le système répressif. Ne pouvons-nous pas penser que dans cette affaire les forces répressives ont enchaîné erreur sur erreur ? La logique répressive enclenchée après le 10 octobre, entretenue par les médias et encouragée par le ministre de l’intérieur, s’est emballée. Il semble aujourd’hui clair dans la tête de beaucoup que les inculpés du 10 octobre sont en fait des bouc émissaires. Que la justice fût expéditive, que le procès fût d’exception, que, compte tenu de la jurisprudence, les peines furent disproportionnée et très injustes. Cela indique selon nous le caractère clairement autoritaire de l’Etat français.

Le procès en appel de Samuel Bastard et de Jean-Salvy Compte – qui, comme Patrick Dubreucq, avaient été écroués après leur procès le 12 octobre dernier – devait se dérouler le 10 décembre prochain ; il a été reporté au 14 janvier 2010. Comme Patrick Dubreucq, ces deux étudiants sont des boucs émissaires ; ils ont été condamnés à six mois de prison, dont un ferme, mais, contrairement à Patrick, Samuel et Jean-Salvy ont été remis en liberté le 23 octobre. Trois autres personnes (Charles, Léo et Candice), condamnées à de lourdes peines de prison avec sursis pour des faits aussi dérisoires que les trois précédemment citées, passeront en appel ce même 14 janvier.

Le 5 janvier 2010 aura lieu le procès d’une mineure, et, le 23 février, celui de Sarah et d’Angel pour refus de prélèvement d’ADN. Quant aux trois personnes qui ont été arrêtées le 17 octobre, on ignore toujours le sort qui leur est réservé.

N’oublions pas enfin que Guillaume, Flavien et Jean-Baptiste qui sont passés à 16 heures aujourd’hui 19 novembre en procès. Ils sont tous trois accusés de dégradation et, pour Jean-Baptiste, de refus de prélèvement d’ADN. Le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux appelle aussi à venir soutenir ces trois militants au palais de justice demain.

Pour finir deux prochaines dates à retenir :

– le 28 novembre à 14 heures, devant le palais de justice, manifestation pacifique pour la justice et le respect des droits de l’homme, à l’initiative du Comité de soutien aux inculpé-e-s du 10 octobre ;

– le 5 décembre de 14 heures à 23 heures (horaires à confirmer, lieu et programme à préciser), Forum de soutien et d’échanges sur la répression organisé par le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux.

Contre la répression, continuons la mobilisation !

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