«

»

Imprimer ce Article

Comparer le procureur du procès du 12 octobre à Maurice Papon, cela un 17 octobre devant le monument de la résistance de Poitiers, n’est pas si aberrant que cela

A propos de l’arrestation d’Alain au pied du monument de la Résistance, samedi 17 octobre 2009 après-midi dans le parc de Blossac à Poitiers, après avoir crié : “Le procureur, c’est un salaud, le procureur, c’est un Papon.”

Article dans la Nouvelle République

Comparer le procureur du procès du 12 octobre à Maurice Papon, cela un 17 octobre devant le monument de la résistance de Poitiers, n’est pas si aberrant que cela. Souvenons-nous du 17 octobre 1961, où lors de la manifestation interdite du Front de Libération National algérien à Paris, des centaines de personnes ont été tuées, torturées, jetées dans la Seine. Le préfet de Paris de cette époque, le fonctionnaire zélé qui avait été mis à cette place pour montrer toute la fermeté du pouvoir en place, s’appelait Maurice Papon. Souvenons-nous aussi pourquoi Maurice Papon a été condamné le 2 avril 1998 à une peine de dix ans de réclusion criminelle, d’interdiction des droits civiques, civils et de famille pour complicité de crimes contre l’humanité. En tant que fonctionnaire d’Etat, il a participé à la déportation des juifs. Ce qui veut dire, et contrairement de ce qu’a dit mardi 20 octobre 2009 Henri Guaino Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy(1), qu’un fonctionnaire a un devoir de désobéissance. On pourrait nous objecter que comparer ce qu’a fait le procureur le 12 octobre à ce qu’a fait Papon durant l’occupation est faire un amalgame. Mais est-ce vraiment au Papon collabo que notre procureur était comparé ou est-ce qu’il l’était au Papon zélé du 17 octobre 61 ? Dans ses plaidoiries outrancières, dans ses propositions de peines extrêmement lourdes qui ne se fondaient pas sur la jurisprudence, dans son acharnement à faire appel, le procureur n’a-il pas, comme Hannah Arendt l’a expliqué à propos d’Adolf Eichmann(2), oublié de penser. N’a-t-il pas appliqué, peut-être sans réfléchir, mais en tout cas avec zèle, les consignes du ministre de l’intérieur ? En effet, Brice Hortefeux en visite à Poitiers suite aux événements du 10 octobre, n’a-t-il pas dit “J’espère que la justice sanctionnera, et durement” ? Et le procureur n’a-t-il pas appliqué cela à la lettre ? Son attitude est donc moralement condamnable et si ce qu’il a fait est légal, ce n’est pas du tout légitime. Dix huit mois de prison dont dix fermes avec mandat de dépôt pour les quatre personnes soupçonnées de jets de projectiles en direction des forces de l’ordre, surtout sachant que les projectiles étaient du genre briquet et pile, cela dénote un sens moral aussi peu développé que celui de Maurice Papon et ne présage rien de bon concernant l’avenir des relations entre la population et le pouvoir exécutif. Mais selon nous, il y a plus grave que l’obéissance aveugle du fonctionnaire procureur, il y a celle, tout aussi aveugle, des fonctionnaires juges. Si le procureur dépend hiérarchiquement du pouvoir exécutif (du Président de la république et du gouvernement), les juges dépendent du pouvoir judiciaire ou juridictionnel. Or les juges à Poitiers le 12 octobre, en donnant ces lourdes peines disproportionnées n’ont-ils pas, comme le procureur, obéi aux recommandations du ministre de l’intérieur ? On pourrait comprendre que les juges appliquent les directives du ministère de la justice duquel ils relèvent, mais on ne peut être qu’inquiet qu’ils appliquent celles du ministère de l’intérieur. Cela n’indique-t-il pas que le pouvoir judiciaire est sous l’influence du pouvoir exécutif et que le principe de séparation des pouvoirs est bafoué ? Cela n’indique-t-il clairement que la République pourrait être en danger ? Jean-François Chazerans 1″Les enseignants ont un devoir (…) c’est de faire leur métier d’enseignant, donc d’obéir aux directives. Ce n’est pas une profession libérale le métier d’enseignant, c’est une profession de fonctionnaire. Il y a des directives et il n’est pas indigne, au regard des lois de la République et des grands principes qui nous gouvernent, de lire la lettre de Guy Môquet.” 2Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, publié en 1963.

Lien Permanent pour cet article : http://www.antirep86.fr/2009/10/25/comparer-le-procureur-du-proces-du-12-octobre-a-maurice-papon-cela-un-17-octobre-devant-le-monument-de-la-resistance-de-poitiers-n%e2%80%99est-pas-si-aberrant-que-cela/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*